"Ne vous en déplaise, les politiques de santé sont sous tutelle de l’État et de la population", a lancé Bernard Gaillard, ancien président de la Conférence régionale de santé et de l’autonomie (CRSA) de Bretagne, à l'ouverture des rencontres annuelle de Geco Lib', le 8 octobre dernier à Chantepie (Bretagne). Exigences institutionnelles, contraintes financières et besoins des patients… Pour illustrer les enjeux de l'exercice coordonné en Bretagne, celui qui était auparavant professeur universitaire et enseignant chercheur à la faculté de Rennes, s'appuie sur les données de l’Observatoire régional de santé de Bretagne. "84 % des Bretons âgés de 18 à 79 ans ont eu besoin d’un médecin généraliste au cours des 12 derniers mois". Sur la même période, "52 % ont renoncé à des soins ou les ont reportés". Et 22% des habitants ont "demandé conseil à un pharmacien", dévoile l'ORS.

"Dans cet environnement institutionnel, reprend Bernard Gaillard, la multiplicité des acteurs qui interviennent autour des communes - services de l’État, collectivités, opérateurs publics et privés – ne permet pas de résumer la coopération à une injonction administrative. Elle nécessite une démarche partenariale partagée et une volonté effective de travailler ensemble." Alors s'impose la question des CPTS et plus largement de la pluriprofessionnalité. "Parmi les objectifs associés à ces organisations figurent notamment le maintien à domicile, la prise en charge des maladies chroniques, le gain de temps médical et le renforcement des coopérations entre professionnels", rappelle le chercheur qui invite toutefois à "questionner la manière dont ces objectifs sont définis et évalués". La notion de "temps médical", en particulier, mérite selon lui d’être interrogée pour permettre à chaque contribution spécifique des professionnels de santé d'être reconnues. 

Dans cette perspective, l’évaluation des projets de santé "ne saurait reposer uniquement sur des indicateurs imposés par les institutions". Elle doit aussi "valoriser les initiatives locales", "les pratiques professionnelles" et "les effets des actions menées sur le terrain". 

 

Prioriser les actions et s’approprier l’évaluation

Face à la multiplicité des attentes institutionnelles, notamment celles des ARS, Bernard Gaillard souligne la nécessité pour les équipes de définir leurs priorités. "Les professionnels ne peuvent pas répondre à toutes les demandes ni déployer simultanément l’ensemble des actions envisageables. Il leur revient donc de cibler des objectifs précis, en cohérence avec les besoins de leur territoire et les principes qui guident leur pratique." Une démarche qui implique de dépasser les intuitions individuelles en s’appuyant sur différentes formes d’évaluation. Elle suppose aussi de reconnaître "les limites des équipes" et "de valoriser les innovations développées localement", sans se cantonner aux seuls critères définis par les financeurs.

La question des financements constitue, à ce titre, un enjeu structurant pour le développement des CPTS. Au 30 juin 2026, la Bretagne comptait 40 CPTS signataires de l’ACI, "6 non-signataires" et "2 en cours de structuration". Pour autant, la contractualisation "ne doit pas faire perdre de vue les objectifs poursuivis par les équipes". 

Bernard Gaillard encourage les professionnels à "s’approprier" leurs démarches d’évaluation, à identifier les interlocuteurs institutionnels pertinents et "à échanger avec eux en amont", notamment au sein de l’ARS et des directions départementales. Une manière de mieux articuler les projets de santé avec les exigences réglementaires, "tout en préservant l’autonomie des professionnels et la place de la clinique". 

 

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