Article publié sur egora.fr

Dans un manifeste écrit avec France Assos Santé à quelques mois de l'élection présidentielle, vous entendez refonder le système de soins primaires. Y a-t-il urgence ?

Dr Pascal Gendry : Il y a une grosse problématique d’accès aux soins depuis des années : accès aux médecins généralistes, mais aussi à d’autres professionnels de santé de soins primaires : masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, parfois aux infirmières… La liste est longue. Il y aussi des problèmes de démographie au niveau de la population générale avec le vieillissement de la population, le développement des pathologies chroniques et puis de la précarité.

On le sait : les équipes pluriprofessionnelles, lorsqu’elles sont structurées et organisées, peuvent mieux prendre en charge ces défis démographiques, grâce à la coopération et à la coordination. Le regard de plusieurs professionnels face à une situation clinique permet d’avoir une vision beaucoup plus globale des choses. Avec l’épidémie de Covid, on a aussi vu que ces équipes permettaient d’assurer les soins dans une situation de crise. L’organisation a permis aux Français de bénéficier d’une poursuite de leur prise en charge, avec des cabinets qui n’étaient pas fermés, une sécurisation des prises en charge, mais aussi de faciliter la politique d’aller vers, et aider à la vaccination.

Actuellement, on a 1 889 maisons de santé ouvertes en France, mais elles ne couvrent pas le territoire national. Alors, oui, on est dans les objectifs de Ma Santé 2022 proposé par le président de la République [2 000 maisons de santé, NDLR], mais, clairement, il faut enclencher la 5e ou passer en boîte automatique parce qu’il faut que ça avance. Chaque Français là où il se trouve – et pas seulement en zone de tension démographique en professionnels de santé ou en généralistes – doit pouvoir bénéficier de cette prise en charge en équipe pluripro. C’est ce qu’exprime le manifeste.

Aujourd’hui, le monde de la santé est en forte tension. Le monde de l’hôpital aussi. Si on veut améliorer la prise en charge des Français, il faut aussi que les soins de ville soient organisés. L’hôpital est organisé en équipes, en services, la ville doit être organisée en équipe pour répondre aux défis. Quand une personne âgée rentre d’hospitalisation après une pose de prothèse de hanche, elle doit aussi être pris en charge par une équipe (un médecin, un kiné, une infirmière et un pharmacien). Cette équipe, on la retrouve dans la MSP. Et puis il y a tous ces gens qui ne devraient pas passer par la case hôpital, notamment pour les soins non programmés (SNP). Grâce à l’équipe, la collaboration et les protocoles, on pourrait les éviter.

 

Vous promouvez le modèle des MSP. En quoi ce modèle est-il, selon vous, le plus efficient aujourd'hui ? Par rapport aux autres formes d’exercice coordonné qui n’imposent pas le regroupement ?

Le regroupement n’est pas forcément fait dans des locaux communs, mais dans un projet de santé commun. Cela veut dire des modalités de fonctionnement, de communication entre les professionnels, de protocoles, de participation à des réunions de concertation pluriprofessionnelle, d’utiliser un dossier médical partagé (DMP)… Et puis il y a des formations communes. C’est véritablement le partage d’un projet commun autour d’un patient. Et également une implication de cette équipe au sein de son territoire, avec d’autres acteurs et d’autres niveaux de coordination. Une équipe de professionnels de santé de soins primaires en MSP doit s’intégrer à son territoire, mais le territoire, lui, n’est pas une équipe. Il y a une graduation de la coordination indispensable. La MSP est l’unité de base de prise en charge des usagers pour demain.

 

Les MSP permettent une meilleure prise en charge des patients ?

L’aspect qualitatif est dans l’ADN des maisons de santé, et fait d’ailleurs partie du projet de santé (se faire évaluer, travailler sur des protocoles, etc.). Des études montrent que les maisons de santé par leur capacité d’organisation et leur dynamique de groupe peuvent prendre en charge une population plus importante que l’addition des professionnels isolés. C’est un fait.

 

 

 

 

Les MSP soutiennent l’attractivité dans des territoires ruraux ou fragile
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