Article publié dans Concours pluripro, octobre 2023
 

Pourquoi faudrait-il davantage faciliter le partage d'informations entre le dossier médical partagé et le dossier médical de santé au travail ?

Ce qui importe, c'est surtout la collaboration entre la médecine générale et la médecine du travail. Je me suis peu penché sur la question des dossiers parce que, finalement, ça répond peu aux questions complexes auxquelles on est confronté. Et la plupart du temps, quand on a besoin de collaboration entre un généraliste et un médecin du travail, cela signifie qu'il y a des difficultés de maintien en l'emploi. Et donc le dossier ne va pas répondre à ça. Oui, il peut être intéressant qu'on ait quelques données sur le travail mais, le plus souvent, les gens nous en parlent directement et, si besoin, on contacte le médecin du travail, qui va aller plus loin sur le poste.

Il faut reconnaître qu'une grosse part des médecins ne consultent pas le DMP ou, en tout cas, très peu. Donc l'utilisation du DMP, ça va prendre probablement des mois, voire des années, à se mettre en place et à entrer dans les moeurs. Le dossier est vraiment utile dans le cas des patients polypathologiques, ceux ayant des pathologies complexes et qui recourent souvent aux urgences, aux soins de ville, aux médecins de garde, à l'hôpital… Là, on a vraiment besoin d'une continuité des informations… Par exemple, un patient suivi pour un cancer ou un diabète ou qui décompense régulièrement, là, ça aura un intérêt pour moi d'alimenter son DMP pour que le médecin des urgences connaisse son traitement, ses allergies… En santé au travail, on parle surtout de personnes de 20 à 65 ans qui, pour la plupart – et heureusement –, n'ont pas de gros problèmes de santé, hormis les pathologies liées au travail, comme les troubles musculosquelettiques ou les risques psychosociaux. Donc je pense que certaines informations seraient utiles – le poste, les expositions professionnelles passées et actuelles, ou encore les mesures de maintien en emploi déjà mises en place –, mais en tant que médecin généraliste, au-delà de l'information et du dossier, j'ai surtout besoin de discuter et d'échanger ! Est-ce qu'il faudrait, pour ce patient, un mi-temps thérapeutique ? Se dirige-t-on vers une inaptitude ? Que pensez-vous d'une invalidité ? Ces réponses se trouvent dans le dialogue, via un contact direct, un courrier ou un échange téléphonique, et pas vraiment dans un dossier.

Dans l'autre sens, du DMP vers le DSMT, se pose le problème de l'accord du patient pour partager telle ou telle information. Et même si j'invite mes patients à être totalement transparents avec leur médecin du travail, les informations sont malgré tout triées.

La visite de pré-reprise est un outil qui fonctionne bien et qui doit être davantage promu

 

Au-delà des dossiers, donc, il faudrait surtout un meilleur échange entre le médecin généraliste et/ou traitant et le médecin du travail…

Oui, c'est indispensable parce que le généraliste prend en charge le patient dans une approche globale, et le travail, c'est un gros aspect de sa vie. Or le seul médecin qui peut agir sur le travail, c'est le médecin du travail. Il faut donc qu'on puisse oeuvrer ensemble pour les adaptations de poste, pour voir comment on peut éviter la désinsertion professionnelle ou la prolongation des arrêts de travail parce qu'on sait qu'au bout de six mois un patient sur deux ne va pas reprendre le travail…

 

Quels sont les freins sur le terrain ?

Je crois que c'est une question de représentation : le médecin généraliste se dit que le médecin du travail a peu de marge de manoeuvre. Se pose aussi la question de son indépendance vis-à-vis de l'employeur ou du secret médical… Encore une fois, ce sont surtout des représentations. Mais c'est principalement cette question de marge de manoeuvre qui freine parce que le généraliste pense que le médecin du travail ne pourra pas faire grand-chose dans telle ou telle situation. Alors qu'il y a plein d'outils de maintien en emploi, et le médecin du travail peut vraiment aider à débloquer certaines situations.

Il y aussi la question des calendriers très chargés ou des difficultés à joindre les médecins du travail, notamment en raison de problèmes de démographie… C'est vrai que le fait de s'appeler pour régler un problème en lien avec le travail, ce n'est pas totalement entré dans les moeurs. Mais ça s'améliore, notamment avec la visite de préreprise, qui est de plus en plus utilisée. En revanche, il faudrait qu'elle le soit systématiquement quand il y a un arrêt de travail qui se prolonge. Cette visite de pré-reprise – qui est un bon moyen d'emmener son patient vers la médecine du travail et d'essayer d'anticiper les difficultés de reprise du travail – est un outil qui fonctionne bien et qui doit être davantage promu.

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