Article publié dans Concours pluripro, juin 2022

« Difficile de discuter de l’humain sans comprendre comment il fonctionne, d’où il vient... » C’est cette idée qui a réorienté Emmanuelle Clozier-Vallat de ses études en philosophie vers une carrière de sage-femme. Un premier virage étonnant, qui augure d’autres bifurcations. Son goût de la découverte et un compagnon à moitié anglais la conduisent à exercer à l’étranger, à Londres, en Nouvelle-Calédonie, en Australie, au Sénégal. « J’ai beaucoup apprécié ces autres manières d’exercer, où on n’a pas les mêmes responsabilités, pas la même organisation, mais jamais moins de compétences », note-t-elle. Ces expériences lui ont appris que « les situations de vulnérabilité sont partout, quel que soit le milieu social, quel que soit l’endroit sur le globe. De Londres à Nouméa, j’ai retrouvé les mêmes problématiques de consommation de substances psychoactives, avec des taux importants de dépression post-natale du fait de l’isolement de femmes expatriées en Angleterre ». C’est ainsi que Emmanuelle Clozier-Vallat se découvre une affinité pour ces problématiques et souhaite être « équipée » pour répondre aux besoins de ses patientes. À son retour dans l’Hexagone, elle passe deux diplômes universitaires, en psychopérinatalité, et en addictologie et périnatalité, à l’université de Montpellier.

 

La grande question : les consommations

Forte de ces nouvelles compétences, quand elle s’installe en libéral dans l’Aveyron en 2017, elle fait « moins de suivis de grossesse et plus d’accompagnements sur les questions de consommation de substances chez les femmes enceintes et sur les problématiques de santé mentale ». Quelle est l’ampleur du problème ? Les données manquent... Toutefois, Emmanuelle Clozier-Vallat relève que la dépression postnatale affecte 10 à 15 % des mères et estime que ce chiffre est sans doute sous-estimé. Quant au suicide, il constitue la principale cause de mortalité maternelle dans la première année de vie de l’enfant. Elle s’inquiète particulièrement des conséquences liées à l’alcool : « C’est la première substance en vente libre, socialement acceptée et pourtant tératogène. Une consommation régulière ou de manière aiguë répétée pendant la grossesse peut, l’air de rien, affecter le cerveau de l’enfant et son neurodéveloppement. Il faut donc rechercher la consommation plutôt que l’addiction. C’est là-dessus qu’il faut lutter le plus et sensibiliser les femmes en âge de procréer. » D’autant que « contrairement aux idées reçues, c’est chez les femmes qui ont le niveau d’études le plus haut qu’on retrouve les consommations d’alcool les plus élevées, avec les repas d’affaires, les afterworks… Il faut faire tomber les fausses représentations, même chez les professionnels de santé. Ce sont des freins au repérage ». Dans la région, les sages-femmes prennent rapidement l’habitude d’orienter vers elle les patientes qu’elles pensent concernées. « L’Aveyron est un grand territoire mais peu peuplé. Les petits réseaux de professionnels par secteur se connaissent plus facilement, et le travail en réseau fonctionne très bien dans certains secteurs. » Le territoire souffre néanmoins de contraintes d’organisation, avec un clivage Nord-Sud, « la collaboration entre les structures et les liens ville-hôpital est parfois encore fragile. Les occasions de se réunir sont rares ». Un constat que partage le Réseau de périnatalité Occitanie (RPO) : en juin 2021, il publie une offre de poste pour une sage-femme coordinatrice des parcours complexes sur le territoire aveyronnais.

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