Dysménorrhées à l'adolescence : quels accompagnements proposer en équipe ?
Très fréquentes, les règles douloureuses concernent 50 à 70 % des adolescentes de façon permanente ou occasionnelle, estime l'Assurance maladie. Des douleurs parfois si intenses qu'elles sont la première cause d'absentéisme scolaire. Comment accompagner les dysménorrhées ? Que proposer à une jeune fille ?
Carole Abo, chirurgienne gynécologue, Leslie Chelon, gynécologue médicale, et Frédérique Perrotte, sage-femme (hôpital Paris Saint Joseph)*
Article publié dans Concours pluripro, octobre 2026
CAS DE DEPART :
Accompagnée de son père, Léa, 14 ans, consulte son professionnel de santé pour des dysménorrhées apparues dès ses premières règles, à l'âge de 9 ans. Du fait de ses douleurs, elle s'absente souvent du collège et ne peut pas pratiquer une activité physique régulière en raison de malaises. À l'interrogatoire, elle explique qu'initialement, elle souffrait uniquement au moment des règles, mais depuis six mois, ses douleurs sont également présentes en dehors des règles et qu'elles sont associées à des troubles digestifs (alternance de diarrhée et de constipation), à des douleurs irradiant dans les jambes et à une fatigue intense. Elle n'a pas encore débuté sa vie sexuelle. Elle a déjà passé plusieurs échographies abdominales, qui n'ont révélé aucune anomalie. Elle a débuté, il y a six mois, un traitement hormonal oestroprogestatif en discontinu, ce qui a permis de diminuer les dysménorrhées sans calmer les autres douleurs. Elle souhaite être soulagée et savoir si elle souffre d'endométriose, comme sa soeur.
La prévalence des dysménorrhées, tous niveaux confondus, est très élevée, autour de 80 à 90 % de la population féminine en activité génitale. Ces dysménorrhées représentent la première cause d'absentéisme scolaire. Entre 18 et 24 ans, la prévalence peut atteindre 66 %, selon des enquêtes de santé publique, comme l'étude Constances. De plus, 15 à 20 % des femmes subissent des douleurs invalidantes qui impactent fortement leur vie quotidienne ou professionnelle.
On distingue deux types de dysménorrhée : les dysménorrhées primaires, ou essentielles (douleurs abdomino-pelviennes cycliques, rythmées par les règles, survenant juste avant leur début, durant le plus souvent un jour ou deux, et parfois jusqu'après les règles ; installation progressive au cours des deux premières années qui suivent la ménarche) et les dysménorrhées secondaires ou organiques (ces douleurs, qui surviennent à l'âge adulte, s'aggravent en fin de règles et durent plusieurs jours avec ou sans ménométrorragie ; en cause : endométriose, polype, fibrome, douleur mécanique causée par une sténose ou une malformation).
Cette première consultation va permettre de comprendre les différents symptômes et leurs répercussions sur la qualité de vie de Léa, afin de voir avec elle comment l'accompagner au mieux afin de la soulager.
La classification d'Andersch et Milsom permet de grader rapidement la sévérité des dysménorrhées (quatre niveaux de 0 à 3) et ainsi de pouvoir les traiter le plus précocement possible.
Source : Dysménorrhée : échelle d’Andersch et Milsom
La persistance de dysménorrhées sévères peut entraîner une vulnérabilité à la douleur et occasionner une évolution vers une douleur chronique ou de l'endométriose. C'est le sujet du projet Precursor – en cours – qui s'intéresse à l'existence d'un facteur déclenchant de l'endométriose chez des jeunes filles ayant des dysménorrhées sévères. Cette étude nationale, d'une durée de cinq ans, vise à déterminer si l'identification précoce et une prise en charge multidisciplinaire peuvent prévenir la survenue de l'endométriose.
Ces douleurs ne concernant que les femmes, on comprend facilement le facteur discriminant que cela implique à la fois dans la vie personnelle, sexuelle mais aussi professionnelle. Ainsi, plus d'un tiers des femmes considèrent que cette pathologie pourrait avoir des conséquences sur leurs perspectives de carrière ou d'évolution professionnelle (selon l'enquête EndoVie, sur le parcours des femmes souffrant d'endométriose, menée par l'association EndoFrance et Ipsos). Également dans l'étude "Sexualité, couple et endométriose", réalisée par l'association Endomind en 2025, 51 % des femmes atteintes d'endométriose rapportent que leur maladie a un impact très important sur leur vie sexuelle. De plus, 86,5 % d'entre elles considèrent avoir une vie sexuelle réduite.
Physiopathologie
Les prostaglandines jouent un rôle important dans la contraction utérine. L'endomètre humain synthétise des prostaglandines PGE2 et PGF2α en quantité faible pendant la phase folliculaire, puis en quantité croissante pendant la phase lutéale. PGF2α est utérotonique et vasoconstrictrice. La production trop importante de prostaglandines et/ou un déséquilibre entre les différentes prostaglandines (la prostacycline, PGI2, est utéro-relaxante et vasodilatatrice) peuvent donc induire des phénomènes constrictifs douloureux.
L'hypersécrétion endométriale de prostaglandines serait le principal facteur étiologique de la dysménorrhée essentielle, mais elle est également impliquée dans d'autres pathologies gynécologiques : ménorragies, fibromes... Dans l'endomètre sécrétoire, la synthèse des prostaglandines est augmentée par l'estradiol et diminuée par la progestérone.