"L’Etat, comme un parent, se doit de protéger les enfants de la République. Aucun jeune, aucun enfant qui manifeste, même s'il trouble l'ordre public, ne devrait risquer de perdre un œil ou une main." Dans une lettre ouverte publiée le 21 octobre dernier et adressée au président de la République, au Premier ministre, à ceux de l'intérieur et de l'Education et aux parlementaires, Christelle Plongeron, Claire Beltramo et Nicolas Groëll, trois médecins généralistes installés à la MSP des Boucles de la Marne en Seine-et-Marne (Ile-de-France), interpellent les pouvoirs publics après les blessures graves rapportées chez des adolescents lors de manifestations lycéennes. 

"Selon les informations relayées par les médias, au moins quatre adolescents ont été mutilés lors d'interventions des forces de l'ordre au cours de ces manifestations. Nous employons ce mot à dessein : une mutilation est une atteinte volontaire ou involontaire à l'intégrité physique d'une personne qui entraîne la perte ou la dégradation grave d'un membre ou d'un organe", interpellent les auteurs. D'autant qu'une "blessure physique s’accompagne presque toujours d’une blessure psychique", soulignent-ils. "Un adolescent traité par la force n'apprend pas la modération, il apprend la peur ou la haine de ceux qui le brutalisent." 

 

La protection de l’enfant comme principe de référence

Au-delà des conséquences sanitaires, les médecins interrogent la responsabilité des institutions dans la protection des enfants. Ils s’appuient notamment sur l’article 19 de la Convention internationale des droits de l’enfant – ratifiée par la France en 1990 – qui "oblige les États à protéger l'enfant contre toute forme de violence et son article 37 [qui] interdit les traitements cruels, inhumains ou dégradants." 

De ce fait, les auteurs demandent que "l’État s’applique à lui-même ces principes" et réclament qu'une "évaluation pluridisciplinaire et indépendante" soit réuni dès qu'un adolescent s'avère mutilé lors d'une opération de maintien de l'ordre. 

Ils réclament ensuite la suspension, suivie d’un réexamen, de l’utilisation contre de jeunes manifestants des armes dites "de force intermédiaire", parmi lesquelles les lanceurs de balles de défense (LBD), les lanceurs de grenades et les grenades de désencerclement. Ils demandent également que le droit des lycéens à manifester pacifiquement soit garanti et que les manifestants pacifiques soient protégés. 

Autre revendication : la prise en charge par l’État des besoins médicaux, psychologiques et juridiques des jeunes blessés et de leurs familles. Les professionnels souhaitent aussi la création d’un suivi chiffré et rendu public des blessures graves de mineurs survenues lors de manifestations. Celui-ci devrait documenter la nature des lésions, les armes en cause et les séquelles, afin de permettre une évaluation des risques.

Les trois médecins rappellent aussi que les blessures graves infligées à des mineurs ne relèvent pas uniquement d’un débat sur le maintien de l’ordre. Elles soulèvent, selon eux, des questions de prévention, de prise en charge sanitaire et psychologique, de protection de l’enfance et de responsabilité des institutions. La lettre reste ouverte à la signature des professionnels de santé qui souhaitent soutenir ces demandes. 

 

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