C'est au cours d'une de ces discussions qu'Arnaud Boulard a pu échanger avec Elhadji Diouf, médecin gériatre à la Fondation de la maison du Diaconat. "En tant qu'infirmiers libéraux, ce n'est pas que nous ne voulons pas prendre de patient en attente de solutions – des patients qui nécessitent souvent des soins d'hygiène et donc de l'aide à la personne –, mais nos cabinets, aussi, peuvent être embolisés", souligne le secrétaire général de la CPTS, ajoutant que les solutions proposées en sortie d'hospitalisation consistent "très souvent" à une prise en charge du patient par l’infirmière libérale "pendant deux, trois semaines, voire un mois" avant qu’un Ssiad ou des auxiliaires de vie prennent le relais ou que le patient aille en Ehpad... "Le problème, c'est que ce relais ne se fait pas."
Les cabinets infirmiers du territoire se retrouvent donc avec des patients qu'ils pensaient prendre de façon plus ou moins temporaire. "Comme nous avons l'obligation de proximité des soins, nous devons les garder jusqu'à ce qu'ils acceptent une solution ou il y ait une dégradation de leur état." Les délais peuvent donc facilement atteindre quatre, cinq, six semaines. "D'une part, cela sature nos tournées. De plus, lorsque l'on nous présente un patient en indiquant que c’est une prise en charge temporaire, on dit ‘non’ car la dernière fois que nous avons eu une prise en charge temporaire, elle s'est transformée en une prise en charge chronique", explique Arnaud Boulard.
Une situation bloquante donc, tant pour l'hôpital que la ville qui "échaudent" les infirmières libérales mais qui, comme le précise le secrétaire général, "n'est en aucun cas la faute de l'hôpital" puisqu'il s'agit souvent "d'un refus du patient, l'auxiliaire de vie étant payante, contrairement à l'infirmière, idem pour l'Ehpad." Cependant, l'infirmier l'affirme : "Si on était sûrs que le temporaire reste du temporaire, et même si on n'a pas de place, on pourrait accepter une surcharge de travail pendant une certaine période". C'est de cet échange qu'est né le protocole "Pradag".