Dr François Pebret est médecin du travail, et Zélia Chevalier est infirmière en santé au travail, Ciamt

Article publié dans Concours pluripro, octobre 2022

Le syndrome d’apnées du sommeil (SAS) se définit par la présence de troubles respiratoires durant le sommeil et se caractérise par des apnées (interruption du débit aérien naso-buccal de 10 secondes) et/ou des hypopnées (baisse du débit respiratoire d’au moins 30 % associée à une désaturation en oxygène de plus de 3 % et/ou un micro-éveil) associées à des signes cliniques tels qu’une somnolence diurne, des ronflements sévères et quotidiens, une sensation d’étouffement ou de suffocation pendant le sommeil, une nycturie et des céphalées matinales.

Le SAS est principalement un syndrome d’apnées-hypopnées obstructif du sommeil (Sahos) par obstruction des voies aériennes supérieures. L’origine centrale est plus rare. Il se caractérise par une réduction ou une interruption de la ventilation pendant le sommeil.

Le Sahos est considéré comme léger, modéré ou sévère selon le niveau d’indice d’apnées-hypopnées :

– léger, il correspond à un indice d’apnées-hypopnées compris entre 5 et 14 événements par heure ;
– modéré, il correspond à un indice d’apnées-hypopnées entre 15 et 29 événements par heure ;
– sévère, il correspond à un indice d’apnées-hypopnées supérieur à 30 événements par heure.

La sévérité du Sahos prend en compte, en plus de cet indice, l’importance de la somnolence diurne après exclusion d’une autre cause de somnolence.

 

Dépistage d’un Sahos

Le dépistage chez les salariés suivis par un service de prévention et de santé au travail (SPST) se justifie en raison des risques en lien avec la santé et la sécurité au travail pouvant provoquer des accidents de travail, voire de la désinsertion professionnelle, à la suite des complications du SAS. Les salariés occupant des postes dits "à risque" (conduite d’engins, travail en hauteur, travaux de maintenance...) ou ayant des horaires atypiques (travail de nuit, travail posté) et ceux qui indiquent une somnolence diurne excessive sont particulièrement à dépister. Il en est de même en cas de présence de facteurs de risque et de comorbidités tels que l’obésité, l’âge (plus de 50 ans), le sexe masculin, le diabète de type 2, le syndrome métabolique, la résistance au traitement d’une hypertension artérielle, un accident vasculaire cérébral.

 

Méthodologie du dépistage

De 2019 à 2021, le Ciamt a mis en place un "pilote" du dépistage du Sahos dans un de ses centres de consultation d’Île-de-France situé à Melun (Seine-et-Marne). Une infirmière en santé au travail (IST) de l’équipe pluridisciplinaire a été formée à l’utilisation d’un matériel portable de dépistage et à un logiciel informatique d’interprétation.

Le repérage par un médecin du travail des salariés suspectés de Sahos a été fait de manière "opportuniste" : le recrutement se faisait lors d’une visite médicale par le médecin du travail selon ses propres critères. Aucune formation sur le Sahos n’a été délivrée auprès des médecins. Ainsi, la suspicion ne reposait que sur l’impression globale du praticien, fondée sur l’évaluation des signes cliniques. Lorsqu’un médecin suspectait un Sahos chez un salarié, il l’orientait vers l’IST pour effectuer le dépistage.

Lors de l’entretien avec cette infirmière, le salarié passait l’autoquestionnaire de somnolence d’Epworth (8 questions scorées de 0 à 3). Un total inférieur à 11 indique une vigilance normale ; un score entre 11 et 16, une vigilance anormale ; un score supérieur à 16 correspond à une somnolence sévère imposant l’arrêt de la conduite de véhicules.

L’infirmière en santé au travail menait un entretien complémentaire, recherchant et approfondissant les facteurs de risque. Les signes cardinaux du Sahos repérés étaient la somnolence diurne, les ronflements et la pause respiratoire. Les autres symptômes étaient recherchés même s’ils sont moins spécifiques (céphalées matinales, troubles cognitifs, de la concentration, stress...). Elle relevait aussi les habitudes de vie (consommation de tabac, d’alcool, pratique du sport, équilibre alimentaire, médicaments en cours...).

Elle formait alors le salarié avec le matériel de dépistage à utiliser pendant une nuit complète à son domicile. Ce dernier restituait dans les jours suivants le matériel afin que l’IST fasse l’analyse et le compte-rendu de l’enregistrement. Les résultats étaient communiqués au médecin puis par celui-ci au salarié lors d’une consultation. En cas de dépistage positif, le médecin du travail orientait le salarié vers son médecin traitant pour une consultation chez un ORL ou un pneumologue pour confirmation du diagnostic de Sahos et de sa prise en charge thérapeutique.

Le suivi des salariés était réalisé à douze mois par l’infirmière de santé au travail par des entretiens téléphoniques afin également de les accompagner au mieux en les conseillant dans leur démarche de prise en charge.

 

Résultats

Au cours des consultations médicales, les médecins ont suspecté un Sahos chez 78 salariés. À noter qu’il y a eu une légère augmentation des cas de suspicion au cours de l’année 2020 par rapport à 2019 et 2021. La proposition de dépistage a été acceptée par 68 d’entre eux (87 %), 49 hommes et 19 femmes, avec un âge moyen de 45,06 ans et un IMC moyen de 31 (20,1-57,5). Ces salariés, issus de milieux professionnels très différents, présentaient des signes d’appels tels que : fatigue au réveil, ronflements, obésité, hypertension artérielle et sensations d’apnées. Au cours des consultations par l’IST, le score moyen de l’échelle Epworth des 68 salariés est de 8,95 points (0-24). À l’issue de la réalisation du test de dépistage avec l’appareil, 40 salariés (58,82 %) se sont révélés positifs (IAH ≥ 5/h), 30 hommes et 10 femmes.

Le score moyen de l’indice d’apnées-hypopnées du groupe de salariés positifs est de 24,93/h.

Le suivi à un an par l’infirmière de santé au travail montre que 18 salariés dépistés sont appareillés avec un appareil à pression positive continue et ont effectué des changements hygiénodiététiques. Onze salariés ont eu également une prise en charge médicale (hypertension artérielle [HTA], diabète, obésité...). Ils ont également été orientés vers un suivi spécialisé (pneumologue, ORL ou cardiologue). Sur le plan professionnel, ils ont été maintenus à leur poste avec, pour quatre d’entre eux, des aménagements tels qu’un changement d’horaires de travail (passage en travail de jour, limitation des astreintes) et/ ou la prise en compte du risque routier (mise en place du télétravail, arrêt de la conduite). Aucun n’a changé de poste ou d’entreprise.

Les 22 autres dépistés non appareillés sont toujours en cours ou en attente de bilan pour le diagnostic de Sahos. En attendant ce bilan, une prise en charge médicale par un médecin généraliste ou un spécialiste (cardiologue, nutritionniste) a été nécessaire (HTA, diabète, obésité...). Quatre d’entre eux ont eu un aménagement de poste et cinq autres ont changé d’entreprise.

 

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