Article publié dans Concours pluripro, mars 2026

Il faut s’armer de patience pour trouver la porte d’entrée du centre de santé Vadiim. Situés à cinq minutes à pied de l’hôpital Delafontaine (Saint-­Denis), ses locaux sont implantés en plein cœur d’un vaste parc d’activités aux allures de labyrinthe. Porté par l’asso­ciation Arc en Ciel*, le centre regroupe des médecins généralistes et des infirmières en pratique avancée (IPA) qui réalisent exclusivement des visites à domicile. "Je ne voulais pas faire de l’urgence comme SOS Médecins. Je voulais me concentrer sur les patients qui n’ont pas d’autres possibilités, car ils ne peuvent pas se déplacer ou n’arrivent pas à trouver de médecin traitant, notamment à la suite du départ à la retraite de médecins installés à Saint-Denis", explique Esther Batsch, médecin généraliste qui a fondé le centre de santé en novembre 2023 pour "apporter une solution concrète à un problème qui n’avait pas de solution".

Sa patientèle se divise en quatre catégories : des personnes ayant "un handicap très lourd qui les empêche de sortir de chez elles", des personnes âgées, des patients en soins palliatifs et des personnes "ayant des troubles psychiatriques", précise la généraliste de 41 ans. "Nous prenons en charge 110 patients et nous avons une trentaine de personnes sur liste d’attente", détaille-t-elle, pointant du doigt une liste sur un grand tableau blanc. La plupart sont des "cas complexes qui ont besoin de médecins qui prennent le temps de s’occuper d’eux", poursuit la généraliste, qui prône une médecine en mesure de "prendre le patient dans sa globalité".

"Une autre façon de consulter"

Et Esther Batsch en sait quelque chose. À l’issue de ses études en 2013, elle s’installe à la MSP Pyrénées-Belleville (Paris XXe), "très impliquée dans la lutte contre les inégalités sociales de santé". En 2019, elle fuit "la gentrification croissante de Paris" pour Saint-Denis, un territoire où "les inégalités sociales sont plus marquées". Elle exerce alors au CMS du Cygne, où elle fait régulièrement des visites à domicile. "Mais ça débordait toujours et cela engendrait des retards. Les visites sont très chronophages et les journées ne sont pas extensibles…" D’où son souhait d’imaginer "une autre façon de consulter" qui nécessitait de "changer de logiciel". Depuis qu’elle a monté le centre de santé, elle prend le temps d’écouter les patients pour "bien comprendre les problèmes auxquels ils sont confrontés". Une nouvelle organisation qui s’appuie sur une approche pluridisciplinaire : "On travaille avec des infirmières, des auxiliaires de vie, des pharmaciens ou des kinés du territoire…" Le centre Vadiim est aussi en lien étroit avec trois établissements dionysiens : Casanova ­(hôpital gériatrique de Saint-Denis), l’hôpital Delafontaine et le Centre cardiologique du Nord.

C’est aussi grâce à sa casquette de coprésidente de la CPTS de Saint-Denis que la médecin a développé son réseau de professionnels. Ce qui lui permet "d’améliorer l’accès aux soins, la prévention et la coordination entre soignants sur le territoire", explique-t-elle. Une fois par mois, le bureau de la CPTS se réunit pour "analyser les problèmes de prise en charge, trouver des solutions et trancher sur des orientations". Des décisions auxquelles participe Élise ­Valverde, IPA qui exerce trois jours par semaine au centre de santé et deux jours comme coordinatrice à la CPTS. Ce qui ­permet à cette dernière de "rencontrer des partenaires, de tisser des liens et de mettre en place des parcours avec le centre de santé". À titre d’exemple, "on réfléchit à travailler le lien ville-hôpital avec le service pneumologie de l’hôpital ­Delafontaine pour les personnes présentant une BPCO", précise l’IPA, qui a également rencontré une diététicienne pour mettre en place des ateliers individuels diététiques. Objectif de cette expérimentation cofinancée par la SER**  Diabète Île-de-France : élaborer un programme d’éducation thérapeutique à domicile pour "les patients diabétiques qui ne peuvent pas en bénéficier, car ils ne peuvent pas se déplacer à des ateliers de groupe", détaille Élise Valverde, convaincue que son métier d’IPA "prend tout son sens" au centre de santé.

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