Le système de santé est sous tension. Il est "même au bord de la rupture, lance Kim Nguyen, biologiste et référent national sur le sujet des maladies cardio-vasculaire du syndicat Les Biologistes médicaux, à la Matinale de Coopération santé, le 21 janvier dernier. "Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Thomas Fatôme”, poursuit-il. Car à l’occasion de la publication du dernier rapport “Charges et produits”, rappelle-t-il, le directeur général de la Cnam avait fait comprendre que, sans aucune mesure nouvelle en recettes ou en dépenses, le déficit – essentiellement lié à la transition démographique et épidémiologique – s’aggraverait de 25 milliards d’euros à l’horizon 2030  

D’où l’importance du virage vers la prévention, thème choisi pour cette première Matinale 2026 de Coopération santé… et dans la lignée de la mission gouvernementale sur la prévention en santé, que Sébastien Lecornu a confié le 13 janvier dernier au député du Rhône, Cyrille Isaac-Sibille. Et dont l'objectif est de formuler des propositions "pour définir une politique, structurer un système et coordonner les acteurs nationaux et locaux". 

Il y a dix ans, rappelle Mickaël Halimi, administrateur du cercle de réflexion, la loi de modernisation du système de santé avait “déjà pour ambition de changer de paradigme”, mais force est de constater qu’il n’en est rien, déplore-t-il. D'où le souhait de Coopération santé d'organiser sa discussion autour de deux cas d’usage – la vaccination contre les maladies respiratoires aiguës et le dépistage des maladies cardiovasculaires – pour remettre la prévention “au cœur des priorités”.  

La prévention, un investissement

L’enjeu est déjà “individuel”, met en avant Gaëtan Gavazzi, professeur de gériatrie au CHU de Grenoble Alpes. Les maladies respiratoires ont “des impacts majeurs, notamment chez les personnes âgées”, comme détaille le livre blanc sur les infections respiratoires à prévention vaccinale des séniors. Infection respiratoire entraînant un syndrome confusionnel, chute, dénutrition, puis des pathologies cardiovasculaires, puis une perte d’autonomie : autant de problématiques – de l'aigu au long terme – détaillées par Bertrand Fougère, professeur de gériatrie au CHU de Tours. 

Les maladies cardiovasculaires, elles, sont "une des premières causes de mortalité en France", pose Philippe Thébault, président de l'association Alliance du cœur. Et l’enjeu est de repérer les facteurs de risque (diabète, cholestérol, obésité, hypertension...), pour éviter l’aggravation, le passage en affection longue durée (ALD). Mais il faut aussi avoir en tête, avertit Kim Nguyen, que la Cnam "rembourse tous les ans 1.200 euros par assuré qui n’est pas en ALD" et "10.000 euros pour un patient en ALD". Il y a donc, aussi, “beaucoup d’arguments économiques en faveur de la prévention”, qui est “rentable à long terme”, fait savoir Pierre Dubois, professeur à la Toulouse School of Economics. Cela se mesure, poursuit-il, outre la maladie évitée, par “des bénéfices indirects”, difficiles à mesurer : désencombrement des urgences, diminution des arrêts maladie…  

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