"J’ai souhaité cette année m’exprimer dans un style moins convenu que celui qu’impose le protocole républicain", a déclaré en préambule Pascale Mathieu, présidente du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, hier soir, lors de la présentation de ses vœux pour 2026. Une année marquant également les 20 ans de l’Ordre. Un moment "plus politique et plus citoyen que des vœux traditionnels", a-t-elle détaillé, qui fait suite à une remarque reçue d’un confrère questionnant son soutien à Mathias Wargon, chef de service des urgences de l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), "violemment pris à partie pour avoir défendu la vaccination contre la grippe". Celui-ci aurait reçu de nombreux messages haineux et insultes, rapporte-t-elle. "Quel rapport avec votre rôle de présidente de l’Ordre ? Occupez-vous plutôt de nous", lui aurait-il rétorqué.

Crédit : L.P.

"Et c’est justement parce qu’il m’a dit ça que je m’exprime ainsi ce soir. Car chacun d’entre nous, ici, n’est pas seulement médecin, conseiller d’État, avocat, kinésithérapeute, pharmacien, fonctionnaire ou président d’institution… Nous sommes aussi des citoyens engagés, libres et autonomes, avec le devoir de défendre nos convictions lorsque des propos haineux, discriminatoires ou indignes sont tenus", a-t-elle poursuivi. Des propos qui ne sont "pas anecdotiques", mais qui s’avèrent "assez fréquents dans nos cabinets". "Nous avons collectivement le devoir de ne pas laisser ces paroles prospérer. C’est un enjeu démocratique majeur."

 

Désinformation, violences sexistes et sexuelles, certification…

Pour la présidente du Cnomk, "la lutte contre la désinformation nécessite un plan ambitieux". "Les tentatives d’infiltration, y compris au plus haut niveau de l’État, par des promoteurs de pratiques non éprouvées, voire charlatanesques, sont multiples", a-t-elle souligné. "Les professionnels qui défendent la démarche scientifique doivent être protégés. Nos chambres disciplinaires n’hésitent pas à sanctionner les manquements à l’obligation d’agir selon les données acquises de la science et de proscrire le charlatanisme, article commun à tous les Ordres de santé d’ailleurs", car, comme elle le rappelle, "aucune profession n’est épargnée par la désinformation".

Rappelant que l’Ordre fête ses 20 ans cette année, Pascale Mathieu a indiqué que "l’année allait être jalonnée de nombreux événements", à commencer par la "publication prochaine" du nouveau Code de déontologie.

"Je souhaite aller plus loin néanmoins dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes", a-t-elle insisté. "Lorsqu’un professionnel est définitivement sanctionné pour des faits graves à caractère sexuel, il ne doit plus jamais pouvoir exercer. La loi doit évoluer pour mieux protéger les victimes. C’est d’autant plus vrai quand il s’agit de personnes vulnérables et d’enfants. C’est le sens des travaux engagés avec la Haute Commissaire à l’enfance, Sarah El Haïry."*

Pour Pascale Mathieu, si la certification "va se déployer", "l’universitarisation de la profession doit aller plus loin". "Il est temps de créer de véritables postes universitaires pour les kinésithérapeutes, professions matures, riches de docteurs qualifiés et de doctorants", a-t-elle déclaré. Il est également urgent de mettre fin à la prolifération d’instituts privés, jugés anachroniques, et d’augmenter les capacités de formation à coût universitaire. "Nous avons besoin de kinésithérapeutes. Il ne faut pas les remplacer par d’autres professions qui ne sont pas des professions de santé et qui ne sont pas des professions du soin."

Pascale Mathieu estime toutefois que cette mission ne peut être menée par les seuls kinésithérapeutes. "Nous avons besoin de l’appui constant de l’État pour garantir la qualité de la prise en charge des patients", tout en évoquant la "collaboration efficace" avec le cabinet de Stéphanie Rist et la DGOS, qui "va permettre d’améliorer la gestion des dossiers des diplômés européens, laquelle ne permet pas aujourd’hui de satisfaire à l’exigence de qualité indispensable à la prise en charge de nos patients".

 

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