Article paru sur egora.fr

Egora.fr : Vous avez pris la tête de l’UNPS il y a un an, à l’aube d’un deuxième confinement. Avez-vous observé des bouleversements dans l’exercice libéral des professionnels de santé? 

Dr William Joubert :"Oui, l’épidémie a été un gros boost pour les formes d’exercice et d’organisation. Je pense avant tout à la téléconsultation qui a explosé chez les médecins. Mais, à la demande de l’UNPS, cela a aussi été l’occasion pour d’autres professions de pratiquer la téléexpertise (infirmières, masseurs-kinésithérapeutes, etc.). Nous avons tous néanmoins en ligne de mire une inquiétude avec ce développement, c’est que l’exercice échappe à la proximité. C’est pour cela que nous avons fait de fortes demandes pour que le local soit privilégié dans toutes les formes de réponses. 
Autre avancée dans l’organisation : dans notre département, comme dans beaucoup d’autres, nous avons mis en place une régulation libérale en journée, qui correspond au service d’accès aux soins (SAS). Aujourd’hui, la Sarthe est en quelque sorte le 23e site pilote. Nous avons d’ailleurs été reconnu par l’ARS comme site pilote “à part”.

Quelles pourraient être les solutions pour répondre aux demandes de soins dans des territoires sous-dotés ?
À court terme, il faut prendre des mesures pour que le pool de réserve qu’on a immédiatement disponible (les remplaçants et les retraités actifs) soit utilisable. Il faudrait notamment des mesures incitatives pour que les remplaçants s’installent. Avec les centres de vaccination, nous n’avons pas eu de remplaçants cet été, ils étaient trop bien rémunérés pour ces missions. Pourquoi faire plus dur, plus complet, en cabinet, pour une rémunération équivalente ? Toutes les mesures qui doivent être prises devraient inciter à l’installation. Pour les retraités actifs, la grande majorité voudrait pouvoir continuer. La situation n’est pas suffisamment incitative. Vous avez un plafond que vous ne devez pas dépasser, au risque de payer des charges sociales à un tel niveau que cela ne sert plus à rien de travailler. On est en train de refaire le zonage, mais il ne faudrait pas que ça devienne à nouveau du saupoudrage.  

Vous alertez également sur le développement des maisons de santé. Pour quelle raison ?
Le fait qu’il y ait une maison de santé qui aspire les professionnels qui exerçaient dans les patelins autour pour créer une grosse structure, cela peut nuire. A 25 km aux alentours, c’est la perte de petits cabinets d’infirmières. On voit que même les pharmacies ferment, les médecins je n’en parle pas ! Je pense que ça a été quelque part une conséquence négative sur la proximité et le maillage du territoire. Ce qu’il faudrait aussi, c’est que tous ces professionnels qui sont dans ces structures participent à toutes les missions de service public. Il faut s’assurer qu’ils fassent de la permanence des soins ambulatoire (PDSA), qu’ils répondent en journée à leurs patients, etc. On revient sur la problématique de l’incitation à l’acte.  

Etes-vous inquiet pour l’avenir de l’exercice libéral ?
Si on privilégie uniquement une des formes d’exercices par rapport à toutes les autres (le libéral y compris), on va tourner le dos à ce qui fait la réponse - et l’excellence, française. Je suis quand même assez optimiste. Je vois autour de moi un frémissement et un désir de liberté. Certains préféreront l’exercice en salariat, d’autres, la liberté avec une installation. Dans les structures, on voit beaucoup de salariés administratifs arriver. C’est une réponse, bien sûr, mais encore une fois, s’il n’y a que celle-ci qui est proposée, cela va être fait au détriment des petits territoires et des patients. 

 

Notre priorité : que les Escap soient considérées comme une forme d’exercice coordonné par la Sécurité sociale.
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