Article publié dans Concours pluripro, juin 2026
 

                              

Source : Cahier des charges de Résalgo

 

Le contexte

Véritable enjeu majeur de santé publique, la douleur chronique demeure une "expérience subjective, décrite par trois composantes majeures : sensori-discriminative, affectivoémotionnelle et cognitivo-comportementale" et sans "proportionnalité entre la sévérité de la lésion somatique causale et l'intensité de la douleur chronique corollaire", explique Élisabeth Mosser, algologue au CH de Saint-Nazaire et corédactrice du cahier des charges de Résalgo. En France, elle représente la première cause de consultation en médecine générale et dans les services d'urgence. Selon l'étude Stopnep (Study of the Prevalence of Neuropathic Pain), reprise par la HAS, la prévalence des douleurs chroniques modérées à sévères chez les adultes de plus de 18 ans est estimée à 19,9 %, soit environ 12 millions de personnes. Et les coûts directs et indirects sont humains (45 % des patients douloureux sont concernés par des arrêts de travail dont la moyenne cumulée dépasse quatre mois par an, selon l'étude Econep(1)), sociétaux (des hospitalisations ayant un coût moyen annuel compris entre 7 000 et 14 500 euros(1)) et financiers (les coûts de santé pour la migraine sont estimés à 1 milliard d'euros par an pour une prévalence de 17 % de la population, les céphalées chroniques à 2 milliards d'euros et la lombalgie et la fibromyalgie à 6 000 euros par an et par personne).

Cependant, il n'existe que peu de référentiels de coûts standardisés du patient douloureux chronique, et seules des "données parcellaires et segmentées pour certains cadres nosologiques sont disponibles", précise le cahier des charges de Résalgo. Ainsi, "70 % de ces patients ne [recevraient] pas un traitement approprié, moins de 3 % [bénéficieraient] d'une prise en charge par une structure douleur chronique (SDC), et l'organisation des soins reste encore fragmentée, avec des délais d'accès prolongés aux SDC, une coordination insuffisante entre les acteurs de ville et de l'hôpital et un accès inégal aux approches pluriprofessionnelles". De plus, les orientations vers les structures spécialisées sont tardives et les patients accèdent aux structures après plusieurs années d'évolution (en moyenne cinq ans, selon la HAS) et lorsqu'ils sont adressés en SDC, les délais d'attente pour une première consultation sont estimés à huit mois ou plus.

 

L'algologie et les structures douleur chronique

Les SDC regroupent les services spécialisés en algologie : les centres d'évaluation et de traitement de la douleur (CETD) – souvent dans des CHU, avec des missions d'enseignement et de recherche – et des consultations douleur, de plus petite taille, explique Élisabeth Mosser. De plus, "elles ne sont pas là pour tous les patients atteints de douleurs chroniques – une part importante de la population – mais pour ceux ayant un syndrome douloureux chronique, des facteurs de complexité avec des répercussions sur les différents champs de la vie du patient et/ou la mise en difficulté du médecin traitant...". Elle doit être composée, a minima, de "trois corps de métier : médecin, infirmière, psychologue" mais il peut aussi y avoir des kinés, des assistantes sociales, des ergo- thérapeutes..., "mais c'est un luxe", plaisante l'algologue. Cette "équipe de base d'une SDC" démontre l'approche pluriprofessionnelle et pluridisciplinaire de l'algologie. "Quand on a des situations de douleurs complexes, on a besoin de s'y mettre en équipe pour que la prise en charge se construise en partenariat", insiste Élisabeth Mosser.

Pour traiter le "circuit de la douleur", il faut procéder à "une prise en charge algologique", poursuit-elle. "Dans ces situations, on a le temps de réaliser des consultations longues et d'aller creuser la situation médicale, psychologique, socioprofessionnelle, physique, fonctionnelle... En clair, tous les facteurs qui participent à la chronicisation de la douleur." De ce fait, l'algologue travaille "en pluriprofessionnel" et la prise en charge est "toujours multimodale", avec un objectif de "faire adhérer le patient avec de l'éducation thérapeutique", poursuit Élisabeth Mosser : "Nous ne sommes pas sur une approche descendante du patient, mais nous le positionnons comme acteur de sa prise en soins."

 

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