Véronique Bacle est infirmière enseignante à l’institut de santé au travail du nord de la France (ISTNF).

Article publié dans Concours pluripro, novembre 2022

La sédentarité est définie par l’Organisation mondiale de la santé comme "le temps passé en position assise ou allongée, en état d’éveil, en dépensant peu d’énergie, dans un contexte professionnel, éducatif, domestique ou communautaire, ou encore pendant un déplacement". Cette inactivité physique a des conséquences sur la santé d’une personne sédentaire.

En France, la sédentarité est généralement évaluée par le temps d’écran par jour et par adulte : ce temps inclut la télévision, les jeux vidéo, le smartphone et l’ordinateur. En plus de travailler assis devant un ordinateur, les adultes passent ensuite entre trois et quatre heures supplémentaires devant un écran. D’après une étude de l’Anses (Manque d’activité physique et sédentarité, Anses, février 2022), cette sédentarité concerne plus de 38 % des Français, qui passent plus de huit heures assis chaque jour. Beaucoup de professionnels qui exercent dans le secteur tertiaire sont concernés ainsi que des personnes en télétravail, mais aussi des salariés sédentaires n’ayant pas la possibilité de bouger (hôtesses de caisse, agents de guichet…).

L’inactivité physique est devenue l’un des principaux facteurs de risque pour les problèmes de santé puisqu’elle serait à l’origine d’environ 10 % de la mortalité totale dans la Région européenne de l’OMS, toutes causes confondues : diabète de type 2, certains cancers, pathologies cardiovasculaires, troubles musculosquelettiques, obésité, troubles de santé mentale… Déjà au XVIIIe siècle, le médecin italien Bernardino Ramazzini, l’un des précurseurs en santé au travail, notait que les messagers, se déplaçant alors en courant, ne présentaient pas les mêmes problèmes de santé que les travailleurs sédentaires tels que les tailleurs ou les cordonniers.

 

"On ne traverse plus le bureau pour parler à son collègue"

Les niveaux d’exposition élevés aux facteurs de risque que sont la sédentarité et l’insuffisance d’activité physique ont interpellé l’Anses, qui a alerté les pouvoirs publics en soulignant "le contexte de forte évolution des supports et technologies, d’organisation du travail qui incitent ou exposent à la sédentarité, à des comportements alimentaires néfastes associés, et sont de nature à exposer davantage à ces risques sanitaires majeurs". Ces différents éléments, renforcés par l’évolution des habitudes dans tous les domaines (éducation, travail, loisirs) appellent à la plus grande vigilance quant aux temps longs passés de façon passive devant des écrans de loisir. Pour la Dre Isabelle Legras, médecin du travail en région Auvergne-Rhône-Alpes, l’organisation du travail n’a pas encore pris en compte ce nouveau risque professionnel : "Ce qui a mis en lumière cette problématique, c’est l’évolution du télétravail, qui a augmenté la sujétion des salariés devant leur écran, avec des sollicitations numériques permanentes : visioconférences, messageries instantanées, demandes de réponse immédiate aux mails. On ne traverse plus le bureau pour parler à son collègue. Et pourtant, nous avons besoin de bouger pour réfléchir, les capacités cognitives se renforcent avec le mouvement."

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