Article publié dans Concours pluripro, septembre 2022

"Début 2022, on s’est lancé un défi : mettre en commun les données des services de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI) et les exploiter collectivement", relate Florence Thorin, directrice générale de l’Association interentreprises de prévention et de santé au travail du Cher (APST18). Car jusqu’ici, ni les données des rapports annuels ni les données plus fines des expositions aux risques n’avaient fait l’objet d’un traitement collectif et national. Six mois plus tard, c’est chose faite : le groupe pilote du baromètre a dévoilé, le 15 juin, les premiers résultats de ce baromètre national qui dresse une cartographie inédite des risques professionnels encourus, profession par profession. Neuf SPSTI, services auxquels est confiée la surveillance de l’état de santé en entreprise, sont impliqués dans cette démarche, tous utilisateurs de Padoa, plateforme de suivi des salariés. "Mais, à terme, peu importe le logiciel métier utilisé, nous envisagerons que tous les SPSTI puissent mettre en commun leurs données, insiste le Dr Vinh Ngo, directeur général du Ciamt. C’est là tout l’intérêt de la promotion de la prévention primaire par la transformation numérique des services."

En s’appuyant sur ces données, les professionnels de la santé au travail vont donc peu à peu créer une base de données anonymisées permettant, à terme, d’obtenir des indicateurs de référence, de mener des actions pour développer leurs moyens de prévention, de produire des études populationnelles… "La surveillance des expositions professionnelles et de leurs potentiels impacts immédiats ou différés sur la santé est un enjeu majeur pour les acteurs de la santé au travail, détaille Florence Thorin. Pour atteindre les objectifs fixés, il est indispensable de s’appuyer sur les données issues de l’activité globale des SPSTI, de développer des méthodologies basées sur des indicateurs fiables et scientifiquement stables afin, par exemple, d’optimiser et d’adapter les démarches de prévention, d’identifier les risques émergents, de détecter de façon plus précoce les effets sur la santé de certains risques professionnels…" Aujourd’hui, ajoute Vinh Ngo, comme "la santé au travail souffre d’un déficit de connaissances" et que "peu de chercheurs sont impliqués dans ce domaine", "la production de ces données, c’est l’occasion d’oeuvrer pour la recherche en santé au travail et de faire évoluer notre profession".

 

Risques de chute ou de collision pour 23% des salariés

52 % des salariés se déclarent exposés au moins à un facteur biomécanique, 32 % à des horaires atypiques et 29 % à des agents chimiques. Dans le détail, 44 % des travailleurs "considèrent qu’ils doivent supporter des postures contraignantes" et 27 % se plaignent de "la manipulation et du port de charges lourdes ou de personnes". L’exposition au bruit et aux gestes répétitifs concerne environ 20 % d’entre eux. Si cette vision est partagée par les employeurs sur certains risques (facteurs biomécaniques – les gestes répétitifs, notamment – et travail de nuit), les salariés se déclarent plus exposés sur d’autres risques que ne le déclarent leurs employeurs. Cela concerne plus particulièrement les ultrasons, les difficultés liées à l’éclairage, aux horaires atypiques, au travail dans des tranchées et les agents biologiques.

En outre, 44 % des salariés déclarent des risques d’accident lors de déplacement en véhicule, 36 % des risques de coupure et 23 % des risques de chute ou de collision.

Ces écarts de perception peuvent s’expliquer par une méconnaissance de certaines expositions ou par une difficulté à les repérer. Ou encore "à une différence de perception entre pénibilité (côté salarié) et aspects réglementaires (côté employeur)", précise l’enquête. "On peut en effet être surpris par les discordances importantes dans certains secteurs, analyse Christophe Garchery, directeur des équipes médico-techniques du CMIE-Sest, l’un des plus gros services interentreprises de santé au travail de France. Et cela amène à se poser des questions : est-ce que l’employeur évalue correctement les risques ? le salarié est-il bien formé ? exécute-t-il mal ses tâches ?... Dans tous les cas, il y a, de la part des SPSTI, des actions à mettre en place, des plans et programmes de prévention à développer. À terme, quand on aura des données sur l’ensemble de la France, on pourra trouver des points de convergence de signaux d’alerte sur des risques de désinsertion professionnelle et mettre en place des actions de maintien de l’emploi."

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