L'affaire commence en 2022. La société Vivashops, propriétaire de locaux situés au rez-de-chaussée d'un immeuble parisien (14e arrondissement), signe, le 7 avril, un bail commercial avec la société Dentical, qui sous-loue les lieux à un centre de santé médico-dentaire, détaille Le Monde. La structure installe des blocs-moteurs de climatisation dans une cour de l’immeuble mais rapidement, le bruit gêne les copropriétaires. 

Saisi par ces derniers, par l'intermédiaire de leur syndicat, le tribunal judiciaire de Paris condamne "solidairement", le 16 janvier 2023, Vivashops et le centre de santé à enlever les blocs-moteurs, "sous astreinte de 1.000 euros par jour de retard" passé un délai d’un mois à compter de la décision. Une ordonnance signifiée à la société Vivashops et au centre de santé le 8 mars 2023. Par courrier, Dentical informe Vivashops, un mois plus tard, soit le 12 avril, que "le bloc moteur de la climatisation à l'origine des nuisances sonores [a] été déposé", précise l'exposé du litige.

Cependant par courrier en date du 8 juin 2023, le syndicat des copropriétaires conteste la bonne exécution de l'ordre judiciaire auprès de la société Vivashops, expliquant que le système de climatisation avait "simplement été déplacé plus au fond du local", qu'il était "toujours en place et que 'l'ensemble' restait 'bruyant'". 

Par acte du 15 septembre, le syndicat fait assigner la société Vivashops et le centre de santé devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Paris afin de voir liquider l'astreinte à la somme de 94.000 euros et de fixer une nouvelle astreinte, définitive, à 5.000 euros par jour de retard. Trois jours plus tard, lors d'une réunion, toutes les parties constatent que le bloc de climatisation a bien été déplacé, notamment "en recul de la salle de soins qui jouxtait son ancien emplacement", et qu'il n'occasionnait plus aucune nuisance sonore. Une expertise acoustique a même été mise en place avec les appareils de climatisation en fonctionnement en journée, ajoute le centre de santé. Ce qui a démontré la suppression des nuisances sonores. Ce à quoi le syndicat réplique : l’ordonnance n'imposait pas de réduire le bruit, mais de retirer les blocs-moteurs.

Mais le 14 décembre 2023, le juge du tribunal judiciaire de Paris déclare "irrecevables" les demandes du syndicat des copropriétaires à l'encontre du centre de santé ; le déboute de ses demandes contre Vivashops, estimant qu'il a fait le nécessaire à l’égard du locataire… Le syndicat fait tout de suite appel et réclame, cette fois, la liquidation de l'astreinte au taux plein, soit 365.000 euros (1.000 euros x 365 jours de retard). 

Retour de bâton

Le 30 avril 2025, la cour d’appel de Paris conteste la décision du premier juge et déclare l’action recevable contre le centre de santé médico-dentaire, qui a "début avril 2023, en tout cas avant le 7 avril, dissimulé derrière une porte de placoplâtre et une grille de ventilation les blocs moteurs de climatisation litigieux, mais ne les a pas déposés". Constatant que le centre de santé "n'a pas exécuté l'ordre judiciaire, qui n'était pas de mettre fin aux nuisances sonores occasionnées par le fonctionnement de son système de climatisation, mais de déposer les blocs moteurs de climatisation installés dans (donnant sur) la deuxième cour de l'immeuble" et que l'expertise acoustique est "[inopérante] à faire la preuve de l'exécution litigieuse", la cour d'appel condamne le centre de santé médico-dentaire à verser, seul, les 365.000 euros au syndicat "pour la période comprise entre les 10 avril 2023 et 9 avril 2024", et met hors de cause la société Vivashops. Il fixe également une nouvelle astreinte provisoire de 1.000 euros par jour de retard pour une durée de six mois, à compter d'un mois après la signification de l'arrêt.

"Aux termes de l'article L. 131-4 du code des procédures civiles d'exécution, la liquidation de l'astreinte tient compte du comportement de celui à qui l'injonction a été adressée et des difficultés qu'il a rencontrées pour l'exécuter, rappelle la cour d'appel. Or le centre de santé médico-dentaire n'allègue pas avoir rencontré des difficultés pour exécuter l'ordre judiciaire puisque, tout à la fois, il nie la possibilité de l'exécuter (...) et prétend l'avoir exécuté en ayant mis fin aux nuisances sonores, ce qui ne revient pas au même. De ce fait, le débiteur de l'astreinte n'a fait preuve d'aucune volonté de respecter l'injonction judiciaire." La cour d'appel condamne ainsi le centre de santé pour sa "mauvaise foi" dans cette affaire.

[Avec Le Monde

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