"Un développement coordonné multidisciplinaire et multiprofessionnel", c'est aussi la "priorité" de la Société française de cardiologie, avance Emmanuelle Berthelot, présidente du groupe insuffisance cardiaque et cardiomyopathie au sein de la société savante. Premier exemple : un "nouveau métier" a été créé, celui d'infirmière spécialisée en insuffisance cardiaque (Ispic), un modèle développé dans l'expérimentation "article 51" Cecics (voir ci-dessous). "Pour ces infirmières qu'on appellera 'infirmières sous protocole de coopération IC', on est aujourd'hui sur un profil de poste qui fonctionne dans les établissements hospitaliers avec des infirmières formées à l'insuffisance cardiaque, détaille Philippe Tangre. Demain dans le cade de la généralisation dans les territoires des Cecics, il faudra baliser avec le ministère les contours de ce nouveau métier." Quid de l'articulation avec l'IPA pour les pathologies stabilisées ? "Elles peuvent en effet aujourd'hui prendre en charge un patient IC en ville, sous réserve d'être formées, en relais ou en concertation, voire sous protocole de délégation par un cardiologue mais l'articulation entre les deux métiers doit être trouvée."
Ces délégations de tâches permettront de libérer du temps médical, entre deux consultations avec le cardiologue, pour le suivi de l'observance du traitement, l'ajustement du traitement et le diagnostic précoce d'une décompensation débutante, assure le médecin. "Tout reste à écrire mais on voit que les pièces du puzzle commencent à se mettre en place et ça concourt à une meilleure consolidation et une sécurisation du parcours de soin du patient insuffisant cardiaque."
Celles-ci évoluent en ville ou au sein d'une structure particulière à l'intérieur de l'hôpital : la Cecics (cellule d'expertise et de coordination pour l'insuffisance cardiaque sévère) issue d'une expérimentation article 51 "Parcours des insuffisants cardiaques sévères" visant à mettre en place et évaluer cette nouvelle structure de coordination, de télésurveillance et d’optimisation thérapeutique pour améliorer l’accès aux soins et la qualité de vie des patients insuffisants cardiaques sévères, et limiter les décompensations cardiaques. Une "innovation" passée en période transitoire depuis le 1er avril dernier, "pour une durée de 12 mois extensible à 15 mois, le cas échéant", précise le JO.
En complément des CPTS, MSP et centres de santé qui sont "des modèles organisationnels adaptés pour prendre le relais des patients en sortie d’hospitalisation", ajoute l'Assurance maladie, de nouveaux métiers, de nouvelles organisations et solutions technologiques sont encouragés à se développer pour resserrer les maillages de l’offre de soin autour du patient. Ainsi, la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque est entrée dans le droit commun en juillet 2023. De plus, dans le cadre de la convention médicale 2024-2029, la Cnam a mis en place un forfait annuel (à compter du 1er janvier 2025) versé au médecin traitant en fonction du nombre de patients orientés vers une IPA mais aussi une expérimentation dans le cadre de l’article 51, les équipes de soins spécialisés en cardiologie (ESS) avec notamment une initiative francilienne (ESSC Ile-de-France) soutenue et financée par l’ARS. "Ce type d’organisation bénéficiera de financements à compter de janvier 2025. Notamment un crédit d’amorçage de 80.000 euros et une dotation annuelle de 50.000 à 100.000 euros selon le nombre de médecins participants", précise l'Assurance maladie.
Par ailleurs, le service Prado, à destination des personnes atteintes de pathologies chroniques, dont l'insuffisance cardiaque, continue de voir ses bénéficiaires augmenter : 19.564 en 2022, 23.634 en 2023 et 13.431 au premier semestre 2024, soit + 8% comparé à la même période sur l’année précédente.