Article publié dans Concours pluripro, février 2026

 

Déjà mal prise en charge avant la crise sanitaire, la santé mentale est devenue un véritable "cheval de bataille" pour les professionnels de santé. Et en Auvergne-Rhône-Alpes, la CPTS Sud-Allier – qui compte 267 professionnels de santé, 74 communes, un bassin de population de 43 000 habitants, et 7 maisons de santé – en a fait sa mission. "Elle s’est construite sur un historique de connaissances de longue date (entre quinze et vingt ans), explique Guillaume de Gardelle, président de la CPTS Sud-Allier. Elle a pris corps avec l’arrivée des infirmières Asalée, qui ont permis de vraiment comprendre ce qu’était le temps accordé aux patients. Un temps qui donne de la qualité et de l’efficience car il permet aux patients de comprendre ce qu’ils ont", poursuit le médecin généraliste.

Au départ, au sein de la CPTS, le groupe de travail mis en place sur la prévention auprès des jeunes se penche sur l’obésité infantile. "Mais ils se sont aperçus que cette pathologie n’était pas le problème de ce territoire rural, qui affichait une activité physique correcte, une bonne alimentation, une précarité relativement faible… Le projet a donc été abandonné", indique Guillaume de Gardelle. Le groupe de travail se tourne alors vers la santé mentale, une problématique de santé publique en pleine recrudescence depuis la crise sanitaire. Et décide de mettre en place des ateliers pluriprofessionnels de sensibilisation et de prévention au sein des collèges et lycées, directement auprès des jeunes.

 

Un gros travail de coordination

"Il aura fallu un an pour établir un contact avec le principal collège-lycée du territoire de la CPTS, qui compte entre 800 et 850 élèves, se souvient le médecin. On a présenté notre projet et on s’est acclimaté les uns aux autres, car le monde de l’Éducation nationale a ses propres règles… Et on a axé notre projet afin qu’il corresponde aux besoins des élèves, des enseignants, des CPE, du proviseur." Ces derniers ont notamment fait remonter trois thématiques : le stress et l’anxiété ; la sexualité et les relations interpersonnelles ; et les addictions. "On était alors en période de post-Covid. Les enseignants avaient remarqué un certain niveau d’anxiété chez les jeunes : phobie scolaire, absentéisme, attaques de panique en plein cours…" La thématique des addictions est, elle, revue au bout de la première année du projet, car si au départ, l’équipe pensait aborder "la cigarette, le cannabis et l’alcool", elle a réorienté le sujet sur l’addiction aux écrans, notamment "aux réseaux sociaux, avec l’impact traumatisant des effets de groupe et du harcèlement numérique", précise le généraliste.

En parallèle, la CPTS a connu une hausse des prises en charge : de 12 classes d’un collège-lycée en 2023-2024, première année de mise en place des ateliers, à 21 l’année suivante toujours dans cet établissement, puis 33 classes en 2025-2026 dans un lycée et 4 collèges. "On mène une action assez importante sur toutes les classes de la 3e à la terminale, soutient Guillaume de Gardelle. Cela représente un gros travail de coordination et d’organisation." De ces échanges est née une collaboration avec un centre social, qui assure désormais une permanence tout au long de l’année, et "les animateurs ont un bon contact avec les collégiens et lycéens", se réjouit Guillaume de Gardelle.

Avec un coordinateur du centre social – signataire d’une convention de collaboration afin de faire intervenir un animateur lors de séquences –, une équipe de la CPTS, "composée de médecins, d’infirmières (cinq libérales et trois Asalée), de sages-femmes, de kinés et de psychologues", mène des ateliers de sensibilisation visant à ouvrir la discussion sur les thématiques évoquées. "Cette coopération entre professionnels de santé et animateurs permet d’avoir une vision de ce que l’on fait mais aussi de prolonger le travail et d’avoir une compréhension de ce qui se passe dans l’établissement, notamment les facteurs anxiogènes. L’idée est de ne pas faire uniquement du “one shot”."

 

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