Ils étaient douze, réunis autour d'une grande tablée au premier étage d'un café à quelques pas du Panthéon, à Paris. Douze syndicats de professionnels de santé et d'étudiants en médecine qui portent conjointement la manifestation parisienne en marge du mouvement de grève national des médecins libéraux lancé le 5 janvier dernier. Et, tient à rappeler Agnès Giannotti, présidente du syndicat MG France, "nos revendications ne sont absolument pas financières. C'est pas ça la question. C'est qu'il y a une remise en cause fondamentale de notre éthique professionnelle, de notre cadre de travail et donc des inquiétudes majeures sur l'accès aux soins", explique la médecin généraliste à la MSP multisite de la Goutte d'Or, lors de la conférence de presse ce samedi matin. D'autant que sur l'ensemble de la profession, "55% ne sont pas installés comme médecin traitant"

Ce qui les "met dehors" en ce samedi venteux ? Le projet de loi contre la fraude "qui est passé comme une fleur au Sénat" – la mise sous objectif (MSO) –, qui représente un casus belli pour [eux], précise Agnès Giannotti. Parce que c'est une dérive progressive vers une médecine des quotas. Aujourd'hui, ça vise les arrêts de travail et c'est la troisième campagne de mise sous objectif en deux ans que mène l'Assurance maladie avec une violence vis-à-vis des contraires qui est inouïe, extrêmement mal vécue. Inclure les médecins dans un projet de loi contre la fraude sociale, ça donne l'image que le politique a de notre activité…". Mais pour la généraliste, l'objectif des pouvoirs publics, "ce n'est pas de cibler les fraudeurs. C'est de cibler l'ensemble de la profession pour que la peur nous fasse lever le stylo. Et ça, ce n'est pas possible."

Autre raison de la colère : la remise en cause du cadre conventionnel, poursuit Agnès Giannotti. Et donc "la remise en cause du fondement de notre activité et de notre cadre de travail. Nous ne pouvons pas l'accepter", assure-t-elle.

Parlant au nom de "l'ensemble des étudiants", Atika Bokhari dit voir poindre "menace après menace" à cet "idéal de soigner tout le monde dignement" qui anime les futurs soignants. La présidente de l'Isnar-IMG a évoqué notamment la 4e année de médecine générale, "cette dixième année, bâclée, précipitée" qui va "[les] forcer à aller un an de plus à l'hôpital, [les] éloigner [leurs] patients de ville et aggraver la pénurie de soins en ville" : "Et nous, on tire la sonnette d'alarme."


crédit : C.-A-M.

 


"Ce n'est pas une grève pour augmenter et demander des tarifs supplémentaires contrairement à ce qu'on veut nous faire porter, explique Franck Devulder, président de la CSMF. C'est une grève parce que notre système de santé est menacé. La médecine libérale, ce n'est pas anecdotique, c'est 80% de réponses aux besoins de soins de la population. Et voir la médecine libérale ciblée à ce point, c'est dangereux pour l'accès aux soins."

Invités par la ministre de la Santé à une rencontre au ministère de la Santé ce samedi après-midi, les syndicats de médecins et d'étudiants ont finalement décidé de ne pas s'y rendre. Car l'échange proposé ne "semble pas de nature à modifier le cours des lois votées ou des projets de loi en attente de vote", écrivent-ils conjointement, dans une lettre adressée hier à Stéphanie Rist : "Comme vous le savez, tous les éléments de notre colère figurent dans des textes que les parlementaires ont votés ou s’apprêtent à le faire, et votre ministère sait depuis longtemps les points bloquants dont vous n'avez pas pu, ou su, ou voulu, empêcher le vote", explique l'intersyndicale, selon qui, il n'est pas nécessaire d'engager des travaux pour "renforcer" le dialogue conventionnel : "Il suffit de vouloir le respecter." 

Ce qu'a complété ce matin Franck Devulder : "Nous avons demandé au Premier ministre de nous recevoir en compagnie de la ministre de la Santé, pas forcément ce soir (…) mais dès la semaine prochaine, avec des propositions. Mais à ce jour, il n'a pas souhaité donner suite à notre demande. (…) Il y a d'autres mouvements sociaux en cours actuellement en France, à Paris. Et le Premier ministre reçoit les agriculteurs. C'est un peu surprenant, alors que la première préoccupation des Français, c'est l'accès aux soins…"


Et "c'est quand même extrêmement bizarre [cette absence de proposition, NDLR] parce qu'une grève de médecins est impactante, s'étonne Jérôme Marty, président de l'UFML-S. Nous l'annonçons des mois à l'avance pour que le gouvernement puisse s'organiser et réquisitionner. Mais vous remarquerez qu'il réquisitionne depuis deux-trois jours, pas plus, dans une extrême urgence, avec des facteurs d'inégalité… Et plutôt que s'affoler dans des réquisitions qui, pour nous, est l'arme des faibles, le gouvernement ferait mieux d'user de l'arme des forts qui est a la négociation."

Ce que voudraient les syndicats, c'est que "les politiques nous entendent", lance Franck Devulder. Plus encore, "je pense que collectivement, on souhaite que le pays nous entende et qu'il faut qu'on construise quelque chose de durable, de négociéQuelque chose de négocié qui n'est jamais parfait pour personne, mais qui arrive à passer en conciliant les exigences des uns et des autres". Et, insiste-t-il, "tirer sur la médecine libérale aujourd'hui, c'est tirer sur l'accès aux soins des Français. Ce n'est pas une grève contre la population, c'est une grève pour leur dire demain ce sera plus compliqué".

NOTE
* Isni, UFML-S, FMF, Isnar-IMG, FHP, MG France, Avenir Spé Le Bloc, SML, CSMF, Médecins pour demain, Anemf, Reagjir (et Jeunes médecins dont la représentante était absente)

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