Sur la place du Panthéon, les touristes devaient parfois jouer du coude pour parvenir à prendre une photo du monument. Car dès 13 heures, ils étaient plusieurs centaines – médecins et étudiants – à battre le pavé sous un ciel couvert et des vents parfois intenses. Vêtus de blouses blanches (mais aussi bleues et vertes) et équipés de pancartes et de sifflets, tous se sont mobilisés contre la "dérive autoritaire" qui menace leur exercice.

Nous les avons rencontrés avec le lancement de la marche qui devait relier le Panthéon aux Invalides.

"La 10e année de médecine est catastrophique en l'état actuel des choses"
(Pierre-Alexandre, interne à Poitiers et porte-parole de l'Isnar-IMG)
 
"On est là pour lutter contre le PLFSS 2026 et toutes les mesures mises dans ce texte de loi. Il y en a deux contre lesquelles on s'oppose particulièrement : c'est l'instauration d'une 10e année de médecine générale, mal faite, bâclée et catastrophique dans l'état actuel des choses.
On nous a aussi imposé un modèle de rémunération, mis dans le PLFSS, qui va à l'encontre de notre intérêt en termes de formation. Pour un projet qui se voulait faciliter l'installation des médecins généralistes rapidement après la fin de leurs études, on est en en train de faire l'inverse ! On les laisse salariés de l'hôpital, on ne leur apprend pas du tout leur métier futur. Donc on aura en 2026 un recul de l'accès aux soin phénoménal parce que tous les médecins qui auraient pu remplacer en ville se retrouveront à l'hôpital…"

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"On va précariser davantage le travail et les patients ?"
(Ariane, médecin remplaçant du côté de Carcassonne)

"Ce qui nous inquiète, c'est la loi contre la fraude fiscale. Pour les généralistes, c'est se faire fliquer toute sa pratique ! Alors que les morts au travail augmentent, les gens vont mal, la plupart des patients refusent les arrêts pour ne pas perdre leur jour de carence… Donc on va encore plus limiter l'arrêt et donc précariser encore plus le travail et les patients. C'est surtout pour ça que je me bats."

"Les patients se reconnaissent dans nos revendications"
(Fabien, médecin en MSP en Savoie)
"Au sein de notre MSP, les 6 médecins ont été en grève depuis lundi. On a tout fermé et déplacé les rendez-vous déjà programmés. Mais on ne pourra pas être encore en grève la semaine prochaine. On tente de faire ce qu'on peut avec la réalité de nos agendas. Aujourd'hui on a des rendez-vous à trois mois donc c'est déjà très compliqué de fermer pendant une semaine. Et je crois que c'est l'une des premières fois que les patients, les citoyens soutiennent un mouvement de grève des médecins. Parce qu'ils se reconnaissent dans nos revendications."

"Vous avez raison docteur !"
(Ania, médecin en MSP à Lille)
"J'ai fermé deux jours, lundi et mardi dernier. Et finalement les patients ont bien réagi. Peut-être parce que j'avais bien expliqué dans mon affiche explicative les raisons de cette grève. Ils m'ont dit 'Vous avez raison docteur !' Et c'est cohérent avec ce que j'essaie de faire au quotidien : je me bats pour avoir plus de temps pour eux, que ce soit plus humain, plus à leur écoute, avec moins de charge administrative qui croit… Au sein de ma MSP, on est 4 généralistes mais je suis la seule à avoir fait grève.." 

"Tous solidaires!"
(Delphine, médecin généraliste en MSP à Bourges)
"Tous les médecins de la MSP ont participé au mouvement de grève même si c'est compliqué de fermer complètement. Donc on a surtout fait une grève administrative : pas de certificat, pas de dossier à remplir, pas de PDSA, donc réquisitionné par le préfet ! Mais on a tous été solidaires."

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"Je suis inquiète de voir les contrôles qu'on nous propose sans alternative"
(Camille, médecin généraliste en MSP et CPTS, Suresnes)
"Au sein de la MSP, nous sommes 4 généralistes associés mais aucun n'a pu fermer parce que nos consultations sont déjà bien remplies, notamment après les fêtes de Noël… C'est difficile de mettre les patients dehors. Pour ma part, je n'ai plus de place avant mi-février donc annuler une semaine de consultations, c'est compliqué… Mais je tenais à être présente aujourd'hui parce que je suis inquiète de voir les contrôles qu'on nous propose sans alternative. Oui, il y a peut-être des arrêts de travail qu'on peut faire différemment notamment pour tout ce qui touche à la souffrance au travail ou aux attentes de rupture conventionnelle, mais quelle alternative nous propose-t-on ? Probablement qu'il y a des lois à changer car si on ne propose rien d'autre, les patients vont être vraiment en difficulté. C'est bien joli de vouloir tout contrôler mais il faut qu'on ait des alternatives."

"Qu'on nous fasse confiance pour s'organiser"
(Florence, médecin spécialiste en MPR et présidente de CPTS à Blois)
"On est tous là aujourd'hui parce qu'on a tous envie de bien exercer, notamment de manière coordonnée avec tous nos autres collègues des soins primaires. Mais aujourd'hui, on en est empêchés car il y a beaucoup de charge administrative, bcp de contrôle, aussi bien pour les médecins dans leur exercice au quotidien qu'au sein de l'exercice coordonné avec beaucoup d'indicateurs et de contrôle de gestion qui prennent beaucoup de temps… et nous éloignent du cœur de notre métier ! Alors que vu la démographie des professionnels de santé, on a besoin d'avoir un max de temps valorisé pour de la clinique… Et qu'on nous fasse confiance pour s'organiser sur le terrain, que le gouvernement fasse confiance aux organisations de terrain pour trouver des solutions aux difficultés d'accès aux soins plutôt que d'avoir des solutions descendantes avec des contrôles qui finalement nous limitent plus au quotidien. 
On demande une reconnaissance de ce travail fourni tous les jours dans les cabinets médicaux, pour accompagner les patients au mieux avec tous les autres professionnels sans être en permanence contrôlés, fliqués… Et surtout, faire confiance aux acteurs de terrain qui essaient de mettre en place de la pertinence, de la coordination, et de l'accès aux soins de bonne qualité."

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