Un billet de François-Xavier Schweyer, professeur de sociologie à l'EHESP, chercheur au centre Maurice-Halbwachs. 

Pour répondre à l’évolution des besoins de santé, aux exigences de qualité des soins et de maîtrise des dépenses, la pratique médicale se transforme et fait appel à de nouvelles compétences dont certaines sont portées par de « nouveaux métiers ».

Ces « nouveaux métiers » traduisent une transformation de la division du travail entre professionnels. Plusieurs logiques sont repérables : la spécialisation, le transfert de compétences (le cas des IPA) ou encore la création d’un nouveau métier (le conseiller en génétique). Dans ce sens, un professionnel (une infirmière) peut exercer un nouveau métier (infirmière Asalée) défini par les compétences mobilisées et les règles de son exercice. Le nouveau métier est alors un aspect de la transformation d’une profession dont il partage l’avenir.

Mais certains métiers sont liés aux nouvelles organisations dans lesquelles les professionnels sont de plus en plus interdépendants. La délivrance de soin devient une action collective qui a besoin de nouveaux métiers pour la coordination des équipes (coordinatrice), le partage d’un système d’information (émergence du directeur de l’information médicale en ambulatoire) ou l’implication et la responsabilisation des patients (médiateur en santé). La notion de « métier » désigne ici un ensemble de compétences qui répondent aux besoins d’une organisation. On retrouve les notions de compétences et de règles, mais se pose la question de l’identité de ceux qui exercent ces métiers quand ils ne sont pas professionnels de santé.

Contrairement aux professions qui sont des groupes sociaux qui, au cours de l’histoire, se sont organisés pour défendre leurs intérêts et la qualité du service rendu, les métiers, eux, ne sont pas nécessairement portés par un groupe social organisé. Cela explique des formes de précarité de travail et d’emploi assez fréquentes : temps partiels nombreux, incertitude quant à l’avenir, relation salariale parfois remplacée par un contrat avec un auto-entrepreneur… La pratique d’un métier est subordonnée à l’employeur qui décide de son caractère stratégique, et aux modes de financement du poste… Son avenir dépend en partie de l’employeur (plus ou moins organisé, solvable, stable) mais aussi de l’État. Beaucoup de nouveaux métiers sont financés par des mesures dans le cadre de la stratégie de transformation du système de santé ou d’autres politiques publiques. Le service rendu, s’il est jugé nécessaire, sera sans doute pérenne, mais les conditions d’emploi pourront être variables, évolutives, précaires.

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