En faisant sa thèse de médecine générale, "j’étais partie de l’idée que médecin et sage-femme ne communiquaient pas, avoue Lucie Vicente. Mais en réinterrogeant les soignants, j’ai compris qu’ils communiquaient différemment. Et j’ai été très étonnée de voir à quel point les femmes, elles-mêmes, faisaient ce travail. [En clair], j’avais omis la patiente…" Lors d'un atelier au dernier Congrès du Collège nationale de médecine générale en décembre dernier, celle qui exerce aujourd’hui à Valenciennes, a présenté sa thèse "Communication entre sages-femmes et médecins généralistes dans le suivi post-partum de leur patiente : étude qualitative par entretiens semi-directifs dans le territoire d’une CPTS du Nord" publiée en novembre 2024.  

Si la grossesse a été explorée à maintes reprises dans la littérature, c’est moins le cas du suivi post-partum. "C’est vrai qu’on en parle beaucoup mais pour les soignants, le post-partum fait partie de la vie de la femme. Et à l’heure où on démédicalise la grossesse, on considère, de la même manière, que le post-partum n’est pas une maladie." Le sujet reste latent alors même que la dépression post-partum (qui touche 16,7 % des femmes à deux mois post-partum en France) peut conduire au suicide, première cause de mortalité maternelle. "Souvent, quand je parlais du post-partum avec les médecins généralistes et sages-femmes, ils me parlaient de la grossesse. Pour beaucoup de médecins, le suivi post-partum, c’est surtout le suivi du nourrisson, constate la médecin généraliste. Finalement, soit le médecin questionne la mère pendant la consultation de l’enfant, soit la sage-femme interroge la mère mais souvent par le biais de l’enfant. La mère et l’enfant fusionnent tout le temps." 

Des médecins "désinvestis" de la santé de la femme

Pour Lucie Vicente, cette difficulté à individualiser le parcours de soin d’une patiente dans son suivi post-partum s’explique par plusieurs facteurs. À commencer par l’évolution des métiers et des rôles de chaque professionnel de santé. "De plus en plus, les femmes se tournent vers les sages-femmes pour assurer leur suivi gynécologique : celles-ci sont plus nombreuses et plus accessibles sur le territoire", évalue la généraliste. Mais pour certains médecins, ce nouvel équilibre a bouleversé leur pratique. "Ils se disent que si les sages-femmes peuvent s’approprier la santé de la femme, ils peuvent donc s’en désinvestir. Ce n’était pas le cas il y a quelques années. Aujourd’hui, ils ne se sentent plus concernés."  

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