En 2025, cinquante ans après la dépénalisation de l’IVG par la loi Veil, on dénombre 259.400 interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France. Soit +2.9% par rapport à 2024. C'est ce que révèle ce mardi une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), précisant que cette hausse est portée par les IVG médicamenteuses réalisées hors établissement de santé.

En France, une grossesse peut être interrompue avant la fin de la 14e semaine – ou la 16e semaine d’aménorrhée (SA) selon deux méthodes, rappelle la Drees. L'IVG instrumentale, par aspiration, se pratique jusqu’à 16 SA en établissement ou dans des centres de santé conventionnés, comme autorisée par la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 et son décret d’application d’avril 2021. L'IVG médicamenteuse, elle, peut être réalisée en cabinet de ville – les sages-femmes libérales peuvent la pratiquer depuis juin 2016 – ou en centre de santé jusqu’à la 7e semaine de grossesse (ou la 9 SA), ou en établissement de santé jusqu’à 14 semaines de grossesse (16 SA). 

• IVG médicamenteuses : plus de 8 cas sur 10

Si en 2004, toutes les IVG se déroulaient en établissement de santé – 57% étant instrumentales –, vingt ans plus tard, en 2025, seule une sur deux (53%) y sont réalisées. La méthode médicamenteuse, elle, concernait 81 % des IVG, soit +1 point par rapport à 2024. 

En 2025, 108.400 IVG médicamenteuses réalisées hors établissement ont eu lieu dans un cabinet libéral et 12.800 en centre de santé ou en centre de santé sexuelle. De plus, 1.400 IVG ont fait suite à une téléconsultation (-180 par rapport à 2024) qui permet d’obtenir des médicaments en pharmacie. Ainsi, l'an dernier, 516 pharmacies ont délivré des médicaments pour réaliser une IVG.

La pratique des IVG instrumentales en centre de santé reste peu répandue : seules 103 situations en 2025, note la Drees. 
 

• En centre de santé, une majorité d'IVG par des sages-femmes

En centre de santé ou centre de santé sexuelle, 5.510 IVG ont été réalisées par des sages-femmes (soit 43%), 5.450 par des généralistes (44%) et 1.710 par des gynécologues, médicaux ou obstétriciens (13%).

En 2025 en cabinet libéral, les sages-femmes ont réalisé plus de la moitié des IVG (59. 680 IVG par 1.690 sages-femmes). Viennent ensuite les médecins généralistes (22 208 IVG par 970 médecins) et les gynécologues, médicaux ou obstétriciens (26 490 IVG par 910 praticiens). Cette pratique, au sein des sages-femmes libérales, "continue de se développer à un rythme soutenu", note la Drees qui relève une hausse de 15 % par rapport à 2024.
 

"En 2025, [les sages-femmes] ont effectué une IVG sur quatre, soit 54 % des IVG en ville, tandis que 23 % ont été pratiquées par les médecins généralistes et 23 % par les gynécologues médicaux ainsi que par les gynécologues-obstétricien", précise la Drees. En parallèle, le nombre de sages-femmes ayant pratiqué au moins une IVG dans l’année continue d’augmenter "très rapidement" : +240 sur un an. En comparaison, le nombre de médecins généralistes progresse quatre fois plus lentement (+40), tandis que celui des gynécologues (médicaux comme obstétriciens) stagne (+10).

S'ils pratiquent des IVG, les professionnels de santé en font "très peu" au cours de l’année, révèle l'étude. Ainsi, en 2025, en ville, 28% des sages-femmes et 53% des médecins en ont pratiqué moins de dix. Et seuls 7% des sages-femmes et 5% des médecins en ont réalisé 100 ou plus.

• Dans les Drom, un recours deux fois plus élevé

Si le taux de recours à l’IVG en France métropolitaine est de 17 pour 1.000 habitants (17,0 ‰), celui de l’ensemble des Drom s'élève à 33,0 ‰. Soit presque le double. En Guadeloupe et en Guyane, ce taux est à plus de 45 ‰. "Il est cependant probable qu’une part non négligeable des IVG enregistrées en Guyane concernent des femmes non-résidentes, conduisant à un taux de recours surestimé sur la population résidente", note l'étude.

En 2025, les taux de recours à l’IVG "se stabilisent ou continuent de croître" dans toutes les régions de France, à l’exception de la Guyane et de Mayotte, où les taux sont en baisse pour la troisième année consécutive. "Mayotte se distingue, contrairement aux autres Drom, par un taux de recours plus faible que celui de certaines régions métropolitaines telles que la Provence-Alpes-Côte d’Azur, la Corse ou l’Île-de-France", explique la Drees.
 


En France métropolitaine, le taux de recours standardisé est presque deux fois plus élevé pour les femmes résidant en Provence-Alpes-Côte d’Azur (23,0 ‰) que pour celles vivant en Pays de la Loire (12,6 ‰).

De plus, plus de 8 femmes sur 10 (83%) réalisent leur IVG dans leur département de résidence et 95% dans leur région de résidence. "Si le recours à l’IVG hors du département de résidence peut résulter d’un choix personnel (confidentialité, proximité des soins ou du lieu de travail), cet indicateur, et ses variations territoriales, peuvent aussi traduire des difficultés d’accès locales."

Pour rappel, en France, la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse du 17 janvier 1975 (dite loi Veil, reconduite en 1979) a autorisé temporairement l'IVG… avant sa pérennisation le 1er janvier 1980. En 2016, sa prise en charge (et celle des actes associés) à 100% est validée. En régions, les ARS ont l'obligation de mettre à disposition un répertoire recensant les professionnels et les structures qui pratiquent l’IVG.

RETOUR HAUT DE PAGE