"Il faut faire évoluer le cadre conventionnel pour permettre aux équipes de se développer pleinement" : entretien avec les coprésidents d'AVECsanté
Négos ACI, maison de santé lieu de stage, réseau France santé... En marge des 14es Rencontres AVEC les équipes, Pascal Gendry, Emmanuelle Barlerin et Patrick Vuattoux réaffirment leur conviction que les MSP "sont l'unité de base de l'offre de soins d'aujourd'hui et de demain".
Propos recueillis par Karen Ramsay
Article publié dans Concours pluripro, février 2026
Au 30 juin 2025, 2 861 maisons de santé étaient implantées en France, dont plus de 83 % signataires de l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI). L'objectif des 4 000 MSP à l'horizon 2027 vous semble-t- il atteignable ?
Oui, il est atteignable, mais à certaines conditions. La première, c'est de disposer d'un cadre réellement propice au développement des maisons de santé, et cela passe notamment par les négociations ACI-MSP. Quel est l'intérêt de s'engager dans l'exercice coordonné si les financements ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées ? Aujourd'hui, c'est bien l'ACI qui finance le travail en équipe. Or les moyens restent insuffisants, alors même que l'avenant 2 avait précisément pour objectif de les renforcer.
Le Plan 4 000 MSP est ambitieux – et il le reste –, mais il faut créer les leviers pour l'atteindre. D'autant que la mise en place du réseau France santé mobilise fortement les agences régionales de santé, avec un risque : concentrer l'attention sur la création d'un label plutôt que sur l'accompagnement concret des équipes existantes et des projets émergents.
Le contexte n'est donc pas particulièrement aidant. Pour autant, nous ne sommes pas inquiets : nous sommes convaincus que les maisons de santé constituent l'unité de base de l'offre de soins d'aujourd'hui et de demain.
Sentez-vous une réelle volonté politique de s'appuyer sur les MSP pour construire cette offre de soins ?
Le Premier ministre affiche l'ambition de créer un réseau de 5 000 sites France santé d'ici à 2027. Or, on le sait : les maisons de santé représentent déjà entre 60 et 70 % des structures susceptibles d'être labellisées. Atteindre les 5 000 sites France santé permettrait donc mécaniquement d'approcher l'objectif des 4 000 maisons de santé. Mais cela suppose, une fois encore, de ne pas rester sur le modèle organisationnel et économique actuel. Il faut le faire évoluer.
En octobre dernier, vous avez salué, dans un communiqué de presse, le réseau France santé, le qualifiant de "signal politique positif". Ce réseau et le Plan 4 000 MSP peuvent-ils aller de pair ?
Oui, dans leur principe, les deux démarches sont cohérentes. Elles traduisent une volonté de consolider les structures existantes tout en encourageant de nouvelles créations. Les cinq missions associées au label France santé – présence d'une infirmière, ouverture au public cinq jours sur sept, absence de dépassements d'honoraires, participation au service d'accès aux soins, créneaux dédiés aux soins non programmés – correspondent précisément à ce que les maisons de santé mettent déjà en oeuvre au quotidien. Donc si l'objectif est de consolider l'existant, alors allons-y : les maisons de santé sont prêtes !
Lors de la mise en place de ce réseau, certaines régions auraient ajouté des critères de labellisation très médicocentrés. En avez-vous entendu parler ?
Oui, nous avons vu apparaître localement de nouveaux critères, comme l'accueil de docteurs juniors ou de médecins dits "solidaires". Ces critères relèvent de choix portés par certaines ARS mais aussi, parfois, par des conseils départementaux. Le problème, c'est que cette labellisation ouvre droit à des financements relevant de l'ACI, qui est un accord conventionnel national. Ce que nous défendons, c'est donc un cadre clair, avec des critères nationaux, comme le prévoit d'ailleurs le texte de loi initial.
À ce jour, ni les conseils départementaux ni les collectivités territoriales ne sont signataires de l'ACI. Pourtant, ce sont parfois eux qui sollicitent les élus locaux sur ces sujets, sans associer les professionnels de santé. Il y a là un manque de clarté et de sécurisation qui mérite d'être corrigé.
Et puis, il faut rester vigilants : il existe toujours une tentation de faire primer une approche monoprofessionnelle au détriment de l'équipe pluriprofessionnelle. Or consolider France santé, c'est aussi consolider l'exercice coordonné en équipe, qui est aujourd'hui l'une des réponses les plus efficaces pour améliorer l'accès aux soins sans dégrader la qualité ni la sécurité des prises en charge.µ
Les MSP représentent déjà entre 60 et 70 % des structures susceptibles d'être labellisées France santé