Dépression, anxiété, épuisement professionnel… À la maison de santé universitaire et pluriprofessionnelle de Sanilhac en Dordogne, des professionnels de santé prescrivent désormais des bandes dessinées pour accompagner certains patients. Une initiative – inspirée des pays anglo-saxons – lancée par David Ménard, médecin généraliste, afin d'"améliorer l’autogestion de la maladie et favoriser la compréhension des symptômes", précise-t-il auprès de Sud Ouest

"[Il] nous a présenté sa formation sur le soutien psychologique des patients, et l’intérêt thérapeutique de la lecture. De retour du salon de la BD de Bassillac, il nous a raconté plusieurs BD sur différentes pathologies, qu’on a eu envie de lire, un vrai chroniqueur de plateau télé", explique Mathilde Claude, orthophoniste à la MSPU, qui compte 13 professionnels. Ainsi, l'équipe s'est constitué une véritable bibliothèque d'ouvrages consacrés à la santé mentale et à ses troubles, à l'instar de la BD Goupil ou face qui traite de la bipolarité, mais aussi Le Plongeon sur la vieillesse, ou encore Je vais mieux merci, sur la dépression, "même si on n’est pas concerné directement", poursuit l'orthophoniste. 

Tous ces livres peuvent donc être "prescrits" par un des trois médecins généralistes, les psychologues ou l’orthophoniste de la structure. La sélection des ouvrages repose sur un travail collectif, et les professionnels de santé de la MSPU participent à l'enrichissement de la bibliothèque en rédigeant une fiche résumant le contenu de l'ouvrage et formulant un avis personnel destiné à guider les prescriptions. Certes, l’objectif n'est pas de remplacer les traitements médicaux ou psychothérapeutiques, mais d'apporter aux patients un support supplémentaire pour mieux comprendre leur maladie et devenir davantage acteurs de leur prise en charge. 

 

Des bénéfices prouvés et approuvés

Ce dispositif a notamment fait ses preuves au Royaume-Uni au travers du programme "Doing well", qui vise à fournir aux personnes des outils de soins personnels pour la santé mentale. "Sur un groupe de 200 personnes souffrant de dépression, la moitié s’est vu prescrire uniquement des antidépresseurs, et l’autre exclusivement de la bibliothérapie guidée en groupe. On s’est rendu compte que l’efficacité était identique, et qu’en plus, les patients récidivent moins lorsqu’ils sont informés sur leur maladie", indique David Ménard toujours auprès de nos confrères. "Ils savent mieux la gérer. C’est tout le bénéfice aussi bien sur le plan économique (pas de médicaments) qu’écologique (pas de pollution pour fabriquer des médicaments)", poursuit-il tout en soulignant que cela "dépend évidemment du degré de sévérité de la maladie"

Pour le généraliste, la lecture a amplement fait ses preuves dans le domaine de la santé mentale. "On sait aussi qu’elle améliore la créativité, augmente l’intelligence émotionnelle et a des effets positifs sur l’humeur". Le modèle a également "été copié en Australie et en Nouvelle-Zélande. Évidemment pas en France, un des pays à prescrire le plus de médicaments", pointe-t-il.  

 

[Avec Sud Ouest

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