Article publié dans Concours pluripro, septembre 2022

Parlons chiffres. Au 27 juillet dernier, la FCPTS dénombrait 733 CPTS sur le territoire à divers stades d’avancement, dont 306 contrats ACI-CPTS signés (l’atlas des CPTS, publié par le ministère, fait état de 282 CPTS en fonctionnement, ACI signé, à juin 2022, soit 36 % de la population couverte). Le gouvernement, lui, souhaitait avoir 1 000 CPTS à l’horizon 2022. L’objectif était-il trop ambitieux ?

Déjà, il faut savoir qu’à chaque fois qu’on donne un tel objectif, c’est un objectif de pédagogie. Quand on dit "1 000 CPTS", c’est parce que c’est un chiffre rond et que ça frappe les esprits. Il ne faut pas mélanger l’objectif pédagogique et politique, qui est un affichage traduisant l’ambition sur l’organisation des territoires, et le chiffre réel qui, lui, dit la réalité des faits.

Aujourd’hui, on est sur une dynamique plus rapide que celle que j’ai connue par rapport aux maisons de santé, tout simplement parce que pour une MSP, il faut souvent trouver ou construire des locaux. Alors qu’une CPTS ne requiert pas de nouveaux locaux ou de déménagement de personnel. En même temps, grâce aux CPTS, on est en train de couvrir presque 55 millions d’habitants, soit une moyenne de 80 à 85 000 habitants par CPTS. Évidemment, c’est une possibilité parce que toutes ces CPTS ne sont pas encore en fonctionnement. Mais la portion de la population couverte est potentiellement majoritaire. Et plus on arrivera au bout de cette couverture géographique, plus ce sera long, car on va toucher des territoires où les gens sont moins motivés ou pour lesquels c’est moins facile.

Comment expliquer cette différence entre le nombre de CPTS décompté et celui des ACI signés ?

La FCPTS recense des projets en avance de phase par rapport à ce que déclarent l’Assurance maladie ou les ARS sur le nombre d’ACI signés, car on est au courant des projets très en amont de leur réalisation. Dans mon département, par exemple, des CPTS ont signé pendant l’été, alors que je sais que les projets existent depuis deux ans. Certes, on a l’impression que ça prend du temps, mais ce délai est en train de se raccourcir, notamment grâce aux accélérateurs de projets mis en place par la Cnam pour réduire le délai entre le dépôt de la lettre d’intention et la signature de l’ACI à environ six mois… Alors que pour moi, c’était deux ans ! Mais, bon, on était parmi les premiers aussi.

Le Covid-19 a fait passer à la vitesse supérieure les CPTS. La dynamique est toujours la même aujourd’hui ?

Je dirais plutôt que les politiques ont pris conscience que le fait d’avoir, sur un territoire, des gens qui se sont déjà parlé et se sont organisés a été un accélérateur considérable pour passer de l’idée d’un centre de dépistage, de prise en charge ou de vaccination à sa réalisation. Sur mon territoire, en l’espace de quelques jours, on a réuni le personnel nécessaire, grâce notamment au contact avec les élus locaux. D’ailleurs, les CPTS ont aussi réalisé que ce contact avec les élus était un puissant facteur de réussite. C’est notre CPTS qui a, par exemple, géré les ressources humaines de l’hôpital de Valence, non pas parce qu’il n’aurait pas pu le faire, mais parce qu’on avait déjà les contacts nécessaires. On a aussi poussé le gouvernement à proposer l’élargissement de la prescription aux infirmières, aux pharmaciens et aux sages-femmes.

Tout le monde a vu que là où il y avait des projets de CPTS ou des CPTS en fonctionnement, tout est allé assez rapidement. On a fait, ensemble, la guerre contre le Covid, et ces liens sont durables parce qu’on ne s’est pas seulement retrouvé lors de réunions sur la théorie mais on était sur le terrain, à s’entraider. D’ailleurs, c’est la première question qu’on a posée à l’hôpital : "Comment on peut vous aider ?"

On parle de plus en plus d’approche territoriale des soins. Comment les CPTS peuvent-elles lutter contre les déserts médicaux ?

On le sait : les jeunes professionnels sont très attachés à cette capacité de travailler en exercice coordonné. Et aujourd’hui, si on organise, dans les territoires, des moyens d’intervenir collectivement sur des sujets de santé – prévention ou médecine environnementale, par exemple –, on attire leur attention, avec ces possibilités d’agir ensemble. Et là, la CPTS a un rôle à jouer : montrer que c’est un territoire qui s’organise mais aussi devenir l’outil d’une forme de régulation. Elle pourrait faire le décompte, au jour le jour, des ressources du territoire, comme une sorte d’observatoire : quels sont les besoins dans le champ de la santé, du médico-social, des Ehpad, des aides à domicile ? Elle peut aussi faire la promotion du partage des tâches afin de dégager du temps médical. Mais, évidemment, cela nécessite de mettre en place des mécanismes conventionnels pour que certains ne se retrouvent pas avec une réduction de leurs ressources.

La France a pris un sacré retard sur l’organisation de l’ambulatoire. C’est la seule et unique cause des difficultés de l’hôpital aujourd’hui
La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Pas encore de compte? Inscrivez-vous
RETOUR HAUT DE PAGE