Article publié dans Concours pluripro, septembre 2026

À Aubervilliers, le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) est l’un des rares à être rattaché à un centre municipal de santé – le CMS Docteur-Pesqué. Il dispose de sa propre équipe, composée d’un médecin généraliste addictologue, de deux psychologues dont une dédiée à l’entourage, d’une infirmière, d’une diététicienne, d’un psychiatre et d’un patient-expert en addictologie, Davy Garault, salarié à temps plein. "J’accompagne les patients du Csapa pour des entretiens individuels dans le cadre d’un suivi pluriprofessionnel, explique-t-il, précisant en recevoir entre 6 et 10 par jour. On travaille sur le maintien de l’abstinence, sur la façon de susciter du changement… On échange sur la réduction des risques et des dommages ou encore sur le retour à une consommation contrôlée." Dans sa besace, des outils dédiés : entretien motivationnel, carnets de bord de consommations ou encore éducation thérapeutique... Davy Garault anime aussi, en parallèle, des ateliers thérapeutiques "groupe de parole" et un atelier d’écriture.

Son implication au sein du Csapa a été progressive. Il y a treize ans, il en était un patient. "J’ai un parcours de polytoxicomane. J’ai commencé à consommer de l’alcool à 14 ans, puis du cannabis et de la cocaïne, ce qui a conduit à mon hospitalisation en 2013, à l’âge de 39 ans, car mon corps ne pouvait plus suivre la cadence." Au cours de son hospitalisation, il rencontre le médecin généraliste du Csapa. "Il venait pour mon voisin de chambre et nos regards se sont croisés, sourit-il. Il est revenu me voir et c’est lui qui m’a encouragé, après mon hospitalisation, à faire une cure en clinique, puis à me faire suivre au Csapa."

Des pleurs "légitimes" à deconstruire

Après un an d’accompagnement au Csapa, Davy Garault souhaite "faire quelque chose" de son expérience de consommateur. Il s’inscrit à un DU d’addictologie en 2015, se forme à l’entretien motivationnel, suit la première session de formation patient-expert de l’AP-HP en 2016 et poursuit avec une formation sur la réduction des risques et dommages. "Le savoir expérientiel devient une expertise lorsqu’il est complété par des connaissances universitaires, académiques et scientifiques", soutient-il. En parallèle, ayant lui-même tiré profit, dans sa guérison, de la méditation de pleine conscience, il propose d’animer des ateliers pour en faire bénéficier les patients. "Le médecin m’a suivi dans mon initiative, et un mois plus tard, en 2016, les ateliers ont débuté", raconte Davy Garault, dont l’implication s’est accrue pendant la crise sanitaire. À l’époque, il était salarié de la Ville de Paris, en télétravail à 100 %. "J’ai demandé au Csapa de me mettre à disposition un bureau pour télétravailler depuis leurs locaux et leur donner un coup de main si besoin. C’est ainsi que j’ai commencé à recevoir des patients de manière bénévole en 2020."

À cette période, avec les membres de l’équipe, ils commencent à réfléchir à la façon d’intégrer un patient-expert dans la structure. "On a travaillé sur une fiche de poste. Le projet a été soumis à la municipalité, et j’ai pu candidater." Le métier n’existant pas officiellement, il est alors référencé comme médiateur en santé et présenté comme patient-expert en addictologie. "Avec l’équipe, on a grandi ensemble sur la question de la place du patient-expert, assure-t-il. La direction a eu le culot d’oser, elle a su rebondir sur ma présence informelle pendant le Covid pour créer un poste, car elle s’est rendu compte des bénéfices pour les patients…"

L’intégration de patients-experts peut toutefois être freinée, selon les structures, par des représentations sur la possible fragilité du patient-expert ou par la crainte des professionnels d’être jugés. "Ce sont des peurs légitimes, qu’il faut déconstruire", souligne Davy Garault. De son côté, il s’est créé une identité professionnelle et une légitimité, renforcées par "les patients et [ses] collègues".

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