Article publié dans Concours pluripro, février 2026
 

Au 30 juin dernier, quelque 2 024 orthophonistes évoluaient en maison de santé, précise la Cnam. Soit 4 % de l'ensemble des professionnels impliqués dans ce mode d'exercice. Si l'exercice en centre de santé et en CPTS est difficilement quantifiable, "nous travaillons depuis toujours de manière coordonnée, lance Sarah Degiovani, présidente de la Fédération nationale des orthophonistes (FNO). Avant même la formalisation des structures d'exercice coordonné, on se coordonnait avec les médecins, les masseurs-kinésithérapeutes, les orthoptistes, les infirmières... Notre spécialité, c'est la communication, nous l'appliquons avec nos patients et avec les autres professionnels !"

Et l'un des "puissants" outils à disposition de la profession et qui favorise cette approche : le compte-rendu de bilan orthophonique, rédigé après l'évaluation du patient, définissant les objectifs thérapeutiques. Il est transmis au professionnel prescripteur et sert à la construction de la coordination. Une coordination qui ne s'exprime pas nécessairement au sein des structures dédiées. "Lorsque les maisons de santé sont apparues, nous avons été face à un phénomène paradoxal, avec à la fois une volonté des orthophonistes d'y travailler mais aussi un refus de payer des loyers souvent élevés, alors même que nous n'avons pas besoin de grands locaux pour notre activité", rappelle Sarah Degiovani. D'autant que les professionnels ne sont pas nécessairement à la recherche de nouveaux patients.

À ce jour, la FNO n'est pas signataire de l'accord conventionnel interprofessionnel (ACI) MSP. "Pour autant, nous sommes intéressés par les réunions de concertation pluriprofessionnelle, par les actions de prévention communes mais aussi par le fait de faire connaître l'étendue de notre champ de compétences", sourit l'orthophoniste installée à Paris.

 

La fluidification des parcours

Quelle perception des CPTS ? Les orthophonistes y voient doucement un intérêt, mais "comme ces structures se sont principalement construites avec les médecins, les professionnels ont des difficultés à voir comment s'impliquer... c'est pourquoi nous essayons de les accompagner", ajoute Sarah Degiovani. Et ceux qui ont rejoint une structure coordonnée ou une organisation territoriale ont aujourd'hui la possibilité d'être en accès direct, depuis la loi Rist de 2023. "Nous en faisions la demande depuis longtemps, afin de simplifier et d'améliorer le parcours de soins", souligne Sarah Degiovani. Car la prescription médicale ne sert pas de filtre à la bonne orientation des patients, 20 % des demandes de prise en charge par l'intermédiaire d'un prescripteur ne relevant pas de l'orthophonie.

Pour améliorer cette orientation, la profession a développé un outil : la Plateforme prévention et soins en orthophonie (PPSO), qui permet, par l'intermédiaire d'orthophonistes régulateurs, de mieux orienter les demandes de prise en charge. Ce nouveau fonctionnement était au coeur des négociations conventionnelles de la profession (avenant 21 signé en juillet 2025). "Ce dispositif permet d'éloigner les demandes non pertinentes tout en apportant au patient une réponse et en évitant aux orthophonistes d'être surchargés d'appels", se félicite Sarah Degiovani. Car aujourd'hui, les quelque 21 000 professionnels installés en libéral ne sont pas en nombre suffisant pour absorber les demandes de prise en charge.

Une proposition de loi visant à renforcer la démographie professionnelle des orthophonistes a été adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale en avril 2025 et poursuit aujourd'hui son chemin parlementaire.

 

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