Article publié dans Concours pluripro, novembre 2022

Juin 2021 : François Crémieux est nommé à la tête de l’AP-HM, troisième CHU de France, dans un "contexte marseillais, à ce moment, assez troublé", introduit Daniel Benamouzig. Il doit gérer, entre autres, la quatrième vague de Covid et la mise en retrait du Pr Didier Raoult. Pas de quoi décontenancer l’homme au "parcours assez singulier dans la fonction publique", habitué des théâtres de crise : après avoir servi comme Casque bleu en Bosnie durant la guerre en ex-Yougoslavie, il a notamment été directeur de l’hôpital de Mitrovica au Kosovo, membre du cabinet de la ministre de la Santé Marisol Touraine, directeur de l’offre de soins à l’ARS Île-de-France, directeur des hôpitaux du nord de Paris, puis adjoint à l’AP-HP.

Lui qui se dit "néoconverti à Marseille" n’avait jusqu’alors jamais mis les pieds dans la cité phocéenne. Ce qui l’a tout de suite "frappé", ce sont les inégalités sociales et territoriales de santé, tant celles-ci, plus qu’ailleurs, "sautent aux yeux". La fracture est nette : les quartiers situés au nord de la Canebière souffrent bien plus que ceux situés au sud d’un cumul de vulnérabilités sociales, économiques, et d’un faible accès à la santé. Marseille démontre, de manière emblématique, que même si l’offre de santé est disponible et que l’Assurance maladie la rend accessible financièrement, tous les citoyens n’en jouissent pas à égalité.

 

Être garants des écarts à la moyenne

Comment expliquer ces inégalités ? Pas par manque de volontarisme politique, balaie François Crémieux : le discours sur l’importance de la prévention est porté de manière forte depuis "une à deux décennies". Ni par manque de consensus : les données sont "stables", "constantes", "corroborées d’année en année" et, en termes de recherche, l’importance des inégalités de santé dans le pays ne fait pas débat. Par manque de moyens ? Non, pour la politique de santé, la question est plutôt celle de la "répartition de l’argent" : faut-il l’allouer au curatif, "après que les inégalités se sont exprimées", ou en amont, "quand elles se créent". Oui, en revanche, pour les politiques de prévention, car les moyens financiers et humains de la santé scolaire, de la protection maternelle et infantile sont "extrêmement limités".

Pour le nouveau patron de l’AP-HM, si le pays "ne réussit pas, ou peu" à réduire les inégalités de santé, c’est avant tout parce que "nul n’en est responsable". Contrairement au curatif, nul n’a de comptes à rendre. Quand les inégalités s’aggravent, c’est "la faute au système". Il plaide donc pour que la stratégie de l’État évolue vers une responsabilisation des acteurs de santé. Il s’agit, une fois la population à risque cernée, dans un secteur délimité, "d’identifier les acteurs les plus efficients – en termes de compétences, de temps consacré –, pour atteindre un objectif d’amélioration du système qui leur serait fixé, explique-t-il. Je pense que, si on nous fixait des objectifs, il y aurait une créativité pour y arriver".

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