Le Pr Jean-Nicolas Cornu est urologue à l’hôpital Charles-Nicolle, CHU de Rouen
Article publié dans Concours pluripro, octobre 2022

 

Valérie, 47 ans, se plaint depuis quelques mois de devenir complètement "esclave" de sa vessie. Agent d’accueil dans un musée, elle voit ses journées rythmées par des envies d’uriner répétées trop fréquentes, très urgentes, parfois seulement pour quelques gouttes. Il en est de même de ses activités de loisirs ou de ses sorties entre amis, qui sont gâchées par ces épisodes d’impériosités urinaires. Régulièrement, elle n’a même pas le temps d’arriver aux toilettes et il lui est arrivé de mouiller ses vêtements, rentrant chez elle en catastrophe, remplie de honte.

Désormais, elle a décidé de porter des protections urinaires tous les jours "comme les personnes âgées", explique-t-elle. Elle se restreint de boire au maximum, pour ne pas être ennuyée, mais elle a l’impression que cela aggrave son transit, déjà plutôt lent d’habitude.

Elle en a parlé à son gynécologue, qui lui a fait faire des examens d’urines. Ceux-ci ont permis d’éliminer une infection urinaire, les urines étant stériles. Il lui a par ailleurs dit que tout allait bien, et qu’elle n’avait pas de descente d’organes.

 

Diagnostic et anamnèse

Le syndrome d’hyperactivité vésicale (HAV) est un ensemble de symptômes. Il comporte nécessairement l’urgenturie (envie soudaine, brutale et irrépressible d’uriner, anciennement appelée impériosité), qui est le signe cardinal. S’y associent le plus souvent une pollakiurie (mictions trop fréquentes), une nycturie (patiente réveillée la nuit par l’envie d’aller uriner) et éventuellement une incontinence urinaire (fuites d’urine au décours immédiat de l’épisode d’urgenturie, qui dépend du délai de sécurité et de l’accès aux toilettes) (Définition du rapport du 114e congrès de l’Association française d’urologie sur l’hyperactivité vésicale).

L’HAV fait partie des symptômes du bas appareil urinaire. La toute première étape est d’identifier l’urgenturie et de la différencier des autres symptômes.

L’urgenturie est un besoin soudain, brutal, irrépressible conduisant à la recherche immédiate d’un accès aux toilettes (on parle de "délai de sécurité" très court, inférieur à quelques minutes). Ce n’est pas une fuite à l’effort (survenant par définition lors d’une hyperpression abdominale), ou encore une douleur, encore moins une dysurie. Une infection urinaire devra être éliminée si les symptômes sont aigus.

Causes d'HAV et pathologies liées
© J-N.C.

 

Trois grands cadres nosologiques sont utiles pour réfléchir sur l’origine de l’HAV. Celle-ci peut être une maladie de la vessie (comme une tumeur de la vessie), une maladie neurologique (le fonctionnement de la vessie étant intimement lié au système nerveux central et périphérique) ou idiopathique (et alors potentiellement favorisée par les comorbidités, le stress...).

Une fois l’HAV authentifiée à l’interrogatoire, le généraliste recherchera dans les antécédents une maladie neurologique connue ou suspectée, des signes d’alarme faisant suspecter une tumeur de vessie (tabagisme, exposition professionnelle aux polyamines aromatiques, notion d’hématurie), des antécédents de chirurgie urologique ou de prolapsus, ou encore des comorbidités associées à l’HAV. Il s’attardera également sur la parité, la date de la ménopause, les troubles du transit et la sexualité. Ce sera aussi le temps d’aborder des facteurs de fragilité, notamment sur le plan psychologique, comme le stress aigu, le stress chronique, l’anxiété chronique, des antécédents de violences sexuelles ou de choc émotionnel, pour lesquels il existe une association épidémiologique avec l’HAV. Des éléments de preuve qui éclairent l’aphorisme de nos anciens maîtres : "La vessie est le miroir de l’âme."

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