En France, l'obésité concerne 8 millions de personnes dont 500.000 en obésité sévère, et 4% des enfants et des adolescents (chiffres 2025, ministère de la Santé) Et selon la dernière enquête Odoxa 2024, cette maladie chronique touche 20,1% des personnes de 65 à 69 ans, et 14% des plus de 80 ans. "Soigner l’obésité, c’est accepter une réalité." Ou plutôt plusieurs, détaille Stéphanie Rist, dans sa feuille de route 2026-2030 relative à la prise en charge des personnes en situation d'obésité, présentée ce mercredi au ministère de la Santé. Première réalité : "il s’agit d’une prise en charge au long cours, qui exige des parcours coordonnés, une approche globale de la personne, des professionnels formés, des équipements adaptés, des solutions de transport et d’accessibilité, notamment pour les formes graves et complexes. [Mais] c’est aussi reconnaître que l’obésité est un marqueur de vulnérabilité sociale, et que l’accès aux soins ne peut être conditionné ni par les ressources financières, ni par le lieu de vie", a poursuivi la ministre de la Santé.  

"Construite avec et pour les personnes en situation d'obésitéet copilotée avec JuditAron-Wisnewskyprofesseure en nutrition à Sorbonne université Paris, la feuille de route, qui se décline en trois axes, déclinés en huit mesures et 22 actions opérationnelles, mobilise "l’ensemble des compétences : ministères concernés, agences régionales de santé, collectivités territoriales, professionnels de santé, chercheurs, acteurs de la société civile, associations et, bien sûr, les personnes concernées"Objectif : "infléchir la progression de l'obésité et traduire dans les faits les enjeux de l'accès aux soins, du parcours pour être dans un virage préventif et améliorer  sur la durée – la santé des personnes qui souffrent d'obésité au quotidien", a précisé le cabinet de la ministre lors d'un brief presse, ajoutant que l'enjeu est également de "structurer et de renforcer les filières obésité à l'échelle territoriale, d'avoir des parcours de soins gradués, coordonnés, accessibles". 
 


L'orientation précoce dans les parcours de soin et l'amélioration du recueil et traitement des données est le tout premier axe de cette feuille de route. Pour y parvenir, il sera nécessaire de repérer, de sensibiliser et d'outiller les intervenants pour orienter les personnes dans les parcours (sensibiliser les PMI au repérage et à l’orientation des enfants de 0 à 6 ans ; repérer les situations d’obésité en milieu scolaire et faciliter l’orientation dans un parcours de soins ; recueillir des indicateurs lors des examens périodiques de santé de l’enfant et de l’adulte ; outiller les professionnels des services de santé au travail pour le repérage et l’adressage des patients. 

Il s'agira également d'expertiser les conditions de recueil et de traitement des données (numérisation des données de façon anonymisée et utilisation à des fins d’analyses épidémiologiques) et de disposer de données épidémiologiques en population générale, d'améliorer le codage PMSI (niveaux de sévérité, notamment) ainsi que la connaissance épidémiologique de l’hyperphagie boulimique en France, qui est "contributive de certaines formes d’obésité", précise le ministère.  

Deuxième axe : structurer la prise en charge en renforçant les filières Obésité avec l’appui des centres spécialisés obésité (CSO).  Comment ? En fédérant les acteurs de la prise en charge de l’obésité (accompagner et suivre la structuration des filières obésité en régions ; sensibiliser les professionnels de santé de premier recours à la thématique de l’obésité dans le cadre de l’animation nationale et territoriale ; déployer des parcours innovants), en soutenant l’innovation thérapeutique (Suivre la mise à disposition de nouveaux traitements pour les intégrer dans les parcours de soins, améliorer la pertinence du parcours bariatrique et soutenir le développement de la branche hyperphagie boulimique, au sein de la filière TCA et en coordination avec la filière obésité et les structures de la psychiatrie et de l’addictologie). Il s'agira aussi d'améliorer l’accès aux soins des personnes en situation d’obésité (améliorer les conditions d’accès à un transport adapté ; développer l’offre SMR Nutrition, pour adulte et enfant ; organiser l’accès à l’expertise et aux soins dans des conditions adaptées à une prise en charge médico-sociale, en cabinets de ville et à domicile). 
 


Le troisième axe vise à développer la formation et à outiller les professionnels de santé et de la santé, notamment en structurant la filière universitaire médicale, en augmentant les flux de formation des médecins au sein de la filière d’internat endocrinologie-diabétologie-nutrition (EDN) et de la formation spécialisée transversale (FST) nutrition appliquée, et en développant un module d’enseignement spécifique sur l’obésité dans le 3e cycle des études médicales d’autres spécialités que EDN 

Le gouvernement souhaite également développer une offre de formation transversale aux professionnels de la prise en charge. Concrètement, des programmes de formation sur l’obésité et sa prise en charge seront proposés aux professionnels et patients experts (incluant le repérage de l’hyperphagie boulimique), la prévention et la prise en charge de l’obésité seront incluses dans l’offre de formation continue – et il s'agira d'en mesurer l’impact sur les pratiques –, et la formation des diététiciennes va évoluer.


"L'ensemble de ces actions et mesures sont encore l'objet de travaux qui vont permettre de structurer, de compléter l'ensemble de cette feuille de route", assure le cabinet de la ministre, tout en rappelant les mesures "déjà engagées ou déjà déployées depuis 2025". Notamment la couverture du territoire en CSO – 42 recensés en en 2024  ou encore la transposition dans le droit commun du premier PCR obésité "Prise en charge médicale chez l'adulte". Conçu pour répondre aux situations d'obésité complexe, cet article 51 comprenait une prise en charge médicale et non médicale (en diététique, psychologie ou activité physique adaptée) organisée autour d’une équipe socle (médecin et infirmière) dans le cadre d’un programme de soins et d’éducation thérapeutique du patient adapté à ses besoins. "Ce parcours sera adapté pour chaque patient, précise le cabinet de Stéphanie Rist. Et son financement est en cours de finalisation." 

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