« Ça fait plaisir d’entendre à nouveau ce brouhaha. » Debout derrière le comptoir de la cuisine où elle prépare des tasses de thé fumant à distribuer aux nouvelles arrivantes, Aurélie Benoit-Grange, directrice de la Maison Rose, esquisse un sourire. Dans le vaste salon, les participantes de l’atelier qui vient de s’achever s’attardent, discutant par petits groupes, masque sur le nez. Le fléchage en gros scotch orange apposé au sol est le seul détail rappelant que le lieu vient tout juste de rouvrir, en ce début du mois de septembre, après cinq mois de fermeture, coronavirus oblige. « Quand nous avons obtenu l’autorisation par l’ARS de reprendre nos activités, ça a été un grand soulagement pour nos adhérentes, à qui les échanges humains ont beaucoup manqué cet été », confie-t-elle.

Lorsque la nouvelle du confinement est tombée, mi-mars, la Maison Rose de Paris, lieu d’accueil dédié aux femmes touchées par le cancer, n’existait que depuis neuf mois. Mais elle avait déjà pris une place importante dans la vie de ses quelque 200 fidèles : début 2020, elle enregistrait environ 700 passages par mois, répartis sur 140 ateliers.

En ce bel après-midi ensoleillé, les sept participantes inscrites au cours de barre au sol se saluent comme de vieilles amies – « Contente de te revoir ! », « Oh oui  ! moi aussi… » – avant de dérouler leur tapis rose. Aucun doute : l’épreuve n’a pas entamé la complicité nouée au fil des semaines. « Ça n’a l’air de rien mais on crée des liens très forts, explique Viviane, une blonde athlétique toute de Lycra vêtue. C’est ça qui m’a permis de garder un équilibre psychologique et de ne pas trop charger ma famille depuis le début de mon traitement. Et puis c’est une vraie bouffée d’oxygène car, avec le cancer, tout est gris autour de vous. Ici, au contraire, tout est beau, l’accueil est souriant, on a de super- intervenants… »

Sans pression aucune

Cathy Bisson, la prof de barre au sol, entre justement en scène. Elle qui travaille régulièrement auprès des élèves du Conservatoire de Paris mène sa classe à un rythme soutenu, mais sans pression aucune : « Dans le sport adapté, on doit respecter les problématiques de chacune : je leur dis toujours de faire en fonction de leurs possibilités. Mais on laisse la maladie à sa juste place car c’est important de leur montrer qu’elles sont encore capables de performance. C’est comme ça que le corps et l’esprit peuvent avancer ensemble vers la guérison. »

Les participantes commencent à s’étirer au son de « Super Nana », de Michel Jonasz. Dans cette ambiance conviviale, échange de bons conseils : « J’ai découvert le massage aux ventouses pour les cicatrices, c’est super ! », lance une participante à qui on demande détails et bonnes adresses. À la Maison Rose, les échanges informels comptent autant que les activités plus officielles encadrées par des professionnels.

Nail art
Partage autour d'un apéritif
Atelier beauté et produits cosmétiques correcteurs des effets indésirables du cancer
Tatouages
< >
La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Pas encore de compte? Inscrivez-vous
RETOUR HAUT DE PAGE