Article publié dans Concours pluripro, octobre 2026
 

                              


Entre avril et septembre 2025.
Source : CPTS Ouest Gironde

 

Face à la progression des déserts médicaux et à l'embolisation des cabinets de consultation, libérer et sacraliser du temps pour les médecins généralistes est devenu une priorité. En 2025, la CPTS Ouest Gironde, qui couvre quatre communes de Nouvelle-Aquitaine (Mérignac, Pessac, Martignas-sur-Jalle et Saint-Jean-d'Illac), a mis en oeuvre un protocole local de coopération de prise en charge de la rhinite et de la rhinoconjonctivite allergique en officine. Portée par le collectif Parcours de soins officinal (PSO), "composé de l'association NèreS (anciennement Afipa) mais aussi des Entreprises du médicament (Leem) et de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo), qui se réunit depuis plusieurs années pour optimiser ce parcours de soins officinal et aider les patients à accéder aux soins, l'expérimentation est mise en place sur ce territoire", explique Christine Cauchetier, docteure en pharmacie spécialisée en santé publique et membre de la CPTS.

 

Un "manque d'arsenal thérapeutique" additionné à la désertification médicale

Durant ses travaux, le collectif a fait réaliser plusieurs enquêtes, dont une, courant 2025, qui "interrogeait les pharmaciens sur les pathologies les plus souvent évoquées au comptoir et pour lesquelles ils sentaient qu'il y avait un manque d''arsenal thérapeutique' au niveau du conseil, poursuit Christine Cauchetier. D'où l'idée d'une expérimentation en vie réelle avec des CPTS sur une délégation de tâches, pour que le pharmacien puisse avoir les produits de prescription médicale obligatoire à disposition et qu'il puisse les prescrire dans un cadre bien déterminé, c'est-à-dire avec un arbre d'orientation". Pour construire cet arbre décisionnel, le collectif PSO s'est appuyé sur "tout ce qui existait au niveau européen mais également au Canada, en prenant en compte également le protocole national existant, mais qui s'avère très limité puisqu'il s'arrête à la prescription de médicaments déjà prescrits par le médecin", indique la pharmacienne. L'arbre décisionnel a fait l'objet d'une validation par le Conseil national professionnel mais aussi par les médecins de la CPTS Ouest Gironde, avant la rédaction du protocole déposé auprès de l'ARS en février 2025. Il a fallu également rédiger le support de formation, condition sine qua non pour la mise en oeuvre du protocole. "Les pharmaciens ont ainsi pu se former en mars et nous avons pu débuter le protocole dès le mois d'avril 2025."

Une proposition qui a fortement séduit les pharmaciens de la CPTS (sept pharmacies y participent), notamment Sandra Gainza, pharmacienne à l'officine de Beutre à Mérignac (Gironde), qui a "toujours été plutôt proactive dans les propositions de nouvelles missions, dévoile-t-elle. Nous avons participé au protocole angine-cystite. Nous avons toujours été intéressés par l'évolution de notre profession." D'autant plus que, dans ce territoire, il faut compter "au minimum quinze jours pour obtenir un rendez-vous chez le médecin, précise-t-elle. Il faut donc répondre à une demande". Une demande qui engorge énormément les cabinets médicaux.

Pour Kheira Meliani-Nedjari, médecin généraliste participant au protocole et membre de la CPTS, ce protocole est la définition du pluripro ainsi qu'une réponse à cette crise de la désertification médicale. "En ville, nous travaillons en silo alors que nous sommes tous au service du patient sur un même territoire, décrit-elle. J'ai donc proposé aux pharmaciens proches de mon cabinet de réaliser ensemble des actions ou de leur déléguer des tâches. Nous sommes une équipe, ils savent que je suis le délégant et ils savent que je leur fais confiance. Il n'y a pas d'ego en médecine. On a un territoire, les mêmes patients, et on doit les gérer ensemble."

 

Focus

Une formation en duo

"La formation étant une modalité obligatoire pour valider le protocole et pour y participer, je la dispense, pour la partie pharmacien, en binôme avec un médecin délégant auprès des pharmaciens", rapporte Christine Cauchetier. La formation peut s'effectuer en présentiel ou en distanciel, "lorsque nous ne sommes pas trop nombreux", précise-t-elle. "Nous avons décidé de la réaliser le soir [vers 20 h] pour ne pas gêner les pharmaciens. Au total, il faut compter entre deux heures et demie et trois heures pour avoir la formation, le QCM et les questions-réponses." Une formation "très théorique de trois heures à peu près, confirme Sandra Gainza, avec notamment de l'épidémiologie afin de reconnaître les symptômes de la rhinite allergique 'classique' de celle qui va nécessiter un suivi médical". Vient ensuite la partie "sur le diagnostic, qui permet de déterminer si un patient est éligible ou non à ce protocole. Et, enfin, la partie traitement, avec les différentes molécules que nous sommes autorisés à prescrire, avec, bien sûr, l'appui d'un médecin", poursuit la pharmacienne de Mérignac. Car, comme le souligne Kheira Meliani-Nedjari, "on ne prend aucun risque avec la sécurité (...), on ne souffre pas de l'à-peu-près en médecine générale" en ce qui concerne le diagnostic et, dans le cas présent, de la délégation du diagnostic au pharmacien.

 

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