Vous organisez, le 17 juin prochain, le colloque "Capitales" qui va restituer notamment les résultats d'un programme de recherche interdisciplinaire sur le processus d’émergence et de structuration des CPTS en Île-de-France. Comment s'est construit ce projet de recherche ?
C'est parti assez tôt. Dès 2016, avec la loi de modernisation de notre système de santé qui a créé les CPTS, on a vu que certains de nos partenaires s'étaient déjà lancés dans des préfigurations de ces organisations territoriales. Le département de médecine générale de l'université Paris-Est Créteil a donc lancé, assez tôt, une première réunion entre enseignants-chercheurs pour voir s'il y avait quelque chose à travailler du point de vue des soins primaires et de la discipline de médecine générale. On s'est aperçu assez rapidement que l'émergence d'une telle organisation territoriale allait transformer durablement les soins primaires. Ce qui a amorcé des premiers travaux au sein de notre discipline. Très vite, on a vu que d'autres acteurs et d'autres disciplines s'y intéressaient, d'où l'idée de fédérer des géographes de la santé (déjà présents dans notre université), des sociologues, des économistes de la santé… avec qui on était déjà en lien, pour creuser un programme à la fois pluridisciplinaire et pluriprofessionnel.
Lancé en 2021, le projet de recherche CaPiTaLeS est porté par les universités Paris-Est Créteil (médecine générale et géographie de la santé) et Saint-Quentin-en-Yvelines (médecine générale et sciences de gestion). Il s'appuie sur les retours d’expérience de 12 CPTS franciliennes, réparties dans les départements 77, 78, 91, 93 et 94, pour décrire des typologies de CPTS, comprendre les motivations et les freins des professionnels à y adhérer, observer comment ils articulent leurs actions avec les problématiques du territoire, et identifier des critères d’évaluation pertinents et mesurables des actions mises en place.
Huit focus group ont ainsi été mis en place : 3 groupes d’infirmières (16 libérales, 5 membres d’une CPTS, 3 porteuses de CPTS et 3 qui découvraient le dispositif) et 5 groupes de médecins (59 participants, majoritairement des hommes en MSP, MSU principalement, 22 porteurs de CPTS, 7 participants, 5 adhérents, 25 découvrant les CPTS).
L'axe est donc très pluriprofessionnel…
Dès le départ, au sein de nos différents lieux d'exercice, on voyait que le pluripro était au cœur de la CPTS. Et qu'on passait à un échelon "soins primaires", différent de la simple discipline de la médecine générale… On a voulu s'intéresser aux collaborations interprofessionnelles, à l'implication des acteurs. Mais l'idée, ce n'était pas de faire de la recherche sur les autres, mais plutôt avec les autres. Et donc, on a cherché tous ceux qui s'intéressent à ce sujet. Et on a voulu aussi pousser pour que les universitaires non-médicaux puissent participer à ces travaux.
Dix ans après la création des CPTS, qu'est-ce qui motive les professionnels à s’y impliquer ?
Il y a à la fois une forme d'enthousiasme sur des pratiques collectives, largement plébiscitées de nos jours. Mais aussi le fait que les contraintes se vivent plus facilement en équipe. On a aussi observé que les professionnels sont attirés par l'idée – l'espoir – de participer à la transformation le système des soins primaires.
Mais il ne faut pas oublier les freins majeurs, notamment le côté administratif. Parce que les professionnels de santé ne sont pas formés à la conduite de projets. Ils ne sont pas sûrs d'y arriver, d'être très pertinents. Sans compter qu'ils craignent d'être sous le joug de l'administration publique.