Sarah*, une patiente de 23 ans, se lève avec les jambes qui tremblent: "Ca devient très compliqué, même de conduire. Quand ça me prend, les fourmis, ça me fait très mal". Hospitalisée précédemment pour ses douleurs, elle se rend à l'hôpital, à Bron dans l'agglomération lyonnaise, pour un suivi médical avec Christophe Riou, addictologue. Le protoxyde d'azote, aussi appelé "gaz hilarant", est un produit initialement destiné à un usage médical ou alimentaire, désormais détourné à des fins récréatives, inhalé à l'aide de ballons de baudruche après avoir percé les cartouches métalliques qui le contiennent. 

Selon le ministère de l'Intérieur, entre 2022 et 2023, les signalements d'intoxications ont été multipliés par trois et les cas graves par quatre. Le gouvernement vient de lancer une campagne de sensibilisation contre son usage détourné, particulièrement répandu chez les jeunes et cause notamment de plusieurs accidents routiers mortels. "J'ai vu un neurologue sur TikTok", se rappelle Sarah, quand on lui demande comment elle a trouvé où se soigner alors qu'elle commençait à s'inquiéter de consommer seule et d'avoir des fourmis dans les jambes et les bras.

Paralysie des jambes

Le protoxyde d'azote peut provoquer des atteintes du système nerveux, une altération des facultés cognitives, ainsi que des troubles de l'équilibre et des réflexes. Il crée de l'hypoxie, c'est à dire un manque d'oxygène, dont les conséquences restent à évaluer. "Je me rappelle de plus de choses, la B12 ça m'aide beaucoup", assure Sarah. La vitamine B12, dont le protoxyde d'azote provoque la carence, est un élément central pour contrer les effets négatifs, mais est loin d'être un remède miracle, surtout si l'on continue à consommer dans le même temps, souligne Christophe Riou. 

Depuis le lancement du service en novembre 2024, l'addictologue a réalisé 150 téléconsultations, et 60 en présentiel, avec des patients âgés de 15 à 31 ans. "On essaie de centraliser des patients sur une même offre de soins. Ça permet de comprendre, d'articuler des soins", explique-t-il. Le service doit permettre d'accueillir des patients le plus tôt possible après les premiers symptômes. Pour l'alerte, un acronyme à retenir: P.I.F, pour picotements (dans les jambes), instabilité (déséquilibre), et faiblesse (perte de force). 

Maxime* échange pour la première fois avec le médecin par téléconsultation.  Il ne consomme plus "depuis presque deux ans" mais évoque des "pertes d'équilibre". Il a rendez-vous à la fin du mois avec un neurologue, Christophe Riou suggère de la rééducation avec un kiné.e Les effets neurologiques commencent à être "bien connus", à savoir les paralysies des jambes. "Et on est en train de mettre en évidence que cet effet neurotoxique agit aussi au niveau du cerveau", rapporte l'addictologue. "Ca explique certaines modifications comportementales, en dehors de l'épisode de consommation aiguë".

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