Article publié dans Concours pluripro, octobre 2021

Dr Blandine Besch, médecin en cabinet groupé.
Dr Blandine Besch,
médecin en cabinet
groupé.

S’intéresser aux seniors de La Réunion revient à s’arrêter sur quelques spécificités. Le Dr Blandine Besch, médecin en cabinet groupé, exerce dans un quartier populaire en zone semi-rurale de La Réunion. Elle explique que, chez ses patients, "plusieurs générations vivent souvent sous le même toit" : une situation qui augmente l’exposition au virus des seniors, celui-ci étant plus à même de circuler dans le cercle familial. Une autre particularité soulignée par la médecin est la santé plus fragile des Réunionnais, comparée aux habitants de métropole, d’autant plus visible à un âge avancé. Les symptômes de la vieillesse seraient accentués et observables plus tôt et les polypathologies plus fréquentes, entraînant une capacité de mobilité et d’exposition à l’extérieur réduite. Un point à ne pas négliger quand on sait que l’un des freins à la vaccination des seniors tient à leur difficulté, et parfois à leur peur, de se rendre sur le lieu de vaccination.

 

L’isolement, frein à la vaccination

Brigitte Chane-Hime, présidente de la CRSA de La Réunion.
Brigitte Chane-Hime,
présidente de la CRSA
de La Réunion.

Pour Brigitte Chane-Hime, présidente de la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie (CRSA) de La Réunion, la première phase de pandémie a fait naître une "phobie sociale" chez les seniors vivant à domicile, en première ligne de la maladie et des messages de prévention. "Certaines personnes âgées isolées ne sortaient plus faire leurs courses, au risque de se laisser mourir", explique-t-elle. Un repli sur soi qui s’est ensuite ancré au fil du temps, nourrissant quelques mois plus tard l’appréhension de devoir quitter son chez-soi pour se faire vacciner. "Ils sont inquiets à l’idée d’aller en centre, qu’il s’agisse du trajet à réaliser, de l’exposition aux autres personnes sur place ou encore de la crainte de ne pas bien comprendre", ajoute le Dr Besch. Dans d’autres cas, c’est l’isolement géographique qui rend difficile leur déplacement vers le lieu de vaccination, certaines zones de La Réunion demeurant reculées et peu accessibles, sans parler de la fracture numérique chez les personnes âgées, autre barrière à la vaccination. Des obstacles qui auraient sûrement pu être surmontés, moyennant des déplacements chez les personnes isolées. Mais il a été demandé aux professionnels de santé de ne pas vacciner à domicile, "probablement à cause de la fragilité du vaccin Pfizer, utilisé majoritairement sur l’île, et qui doit éviter tout choc pour rester efficace", estime le Dr Besch, en confiant que, malgré tout, il a quand même fallu contourner cette injonction dans certaines situations, pour vacciner les plus âgés peu ou non mobiles. Si le vaccin monodose Janssen aurait pu faciliter le parcours vaccinal des seniors isolés en leur évitant des trajets multiples, il ne semble pas avoir été déployé sur l’île, ou en quantité mineure.

 

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