"Une injustice" au goût bien amer. Les médecins et les infirmières des centres de santé Filieris, ayant le sentiment d’être "les oubliés" des mesures prises par le gouvernement en faveur des établissements de santé, ont mené le 12 janvier dernier une grève "historique", selon les termes des syndicats. En effet, à l’appel de l’intersyndicale Unsa, CGT et CFE-CGC, la plupart des centres du réseau, implantés dans d’anciennes régions minières telles que les Hauts-de-France, le Grand Est et l’Occitanie, se sont mobilisés à cette date. Principale revendication : le versement de la "prime Ségur" (183 euros net par mois) pour les secrétaires médicales et les infirmières des centres de santé et services de soins infirmiers à domicile. En décembre dernier, ces dernières avaient déjà adressé une lettre ouverte à la direction, aux élus locaux et même au chef de l’État pour pointer leur exclusion des revalorisation accordées à leurs consœurs hospitalières… en vain.

"Les centres de santé ont été oubliés alors que leurs personnels sont en permanence auprès des patients, en particulier nos infirmières", déplore Jacques Justet, médecin généraliste au centre de Bessèges et secrétaire général adjoint de l’Unsa Filieris, membre de ce groupe qui compte 157 centres de santé sur le territoire – mais aussi des Ehpad et autres établissements de soins. En outre, les récentes hausses du coût de la vie sont particulièrement difficiles à assumer pour ces catégories professionnelles : "Dans les zones rurales, elles parcourent parfois de longues distances pour venir travailler et le prix du carburant les pénalise fortement", remarque le médecin. La question financière est donc au cœur des préoccupations des grévistes, qui réclament la reprise des négociations pour les aides à domicile (AAD) afin qu’elles puissent bénéficier d’une revalorisation des forfaits kilométriques ou encore l’ouverture de négociations afin de compenser les effets de l’inflation.  

"S’il n’y avait pas le salariat, je ne serais jamais venu m’installer dans cette ville"

Le mouvement vise aussi à restaurer l’attractivité des établissements Filieris. La CFE-CGC réclame ainsi "l’amélioration des conditions de travail, notamment celles engendrées par des logiciels métier peu efficients, chronophages et sources d’erreur, l’ouverture des négociations afin de sécuriser l’avenir des personnels des pharmacies et la mise en place d’un échéancier afin de poursuivre les négociations concernant la convention collective nationale des médecins généralistes en centre de santé".

Quant au syndicat Unsa, il pointe l’urgence d’un "recrutement massif de soignants, afin de répondre aux besoins des territoires" et demande "la prise en compte des difficultés de recrutement de soignants qui entraînent une surcharge de travail aussi bien pour les infirmières que pour les omnipraticiens, génèrent le recours à des interremplacements incessants et provoquent parfois la fermeture de certains centres de santé". "Avec la désertification médicale, nous voudrions juste les moyens permettant de continuer à attirer des soignants, souffle Laurent Corduant, généraliste au centre de santé de Wingles et délégué syndical CFE-CGC. S’il n’y avait pas le salariat, je ne serais jamais venu m’installer dans cette ville !" Même constat, dans les Cévennes, avance Jacques Justet : "Comme il n’y a quasiment plus de médecins libéraux sur le secteur, les centres de santé jouent un rôle essentiel dans l’accès aux soins." Car si les centres de santé Filieris dépendent de la Caisse autonome nationale de la sécurité sociale dans les mines (CANSSM), depuis 2006, des patients relevant de tous les régimes y sont soignés. "Mais nous  peinons à recruter des médecins et infirmières, tentés de rejoindre d’autres structures où on leur propose plusieurs centaines d’euros de plus", reprend Jacques Justet.  

Quelques jours après la grève, le 17 janvier, un comité social et économique de la CANSSM s’est tenu au ministère de la Santé. "Nous avons interpellé le directeur de la CANSSM à plusieurs reprises, tant sur le Ségur de la santé que sur la réouverture des négociations pour les AAD, ou sur les négociations conventionnelles, a fait savoir l’Unsa Filieris. Malheureusement, nous n’avons eu aucune avancée concrète à nos demandes précises. Nous avons donc, brutalement, quitté le CSE après 1h30 de discussions acharnées. Affaire à suivre... "
 

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