Car tout n’est pas rose pour autant dans ce monde de la coordination. Certains freins empêchent encore les équipes d’exprimer leur plein potentiel, au premier rang desquels figurent les moyens économiques. Qu’en pense le régulateur ? "Il y a un vrai changement dans la vision de l’exercice coordonné", a tenu à faire savoir Elizabeth Bouttier, cheffe du bureau Coordination des professionnels de santé à la DGOS. Pour preuve, un bureau porte ce nom "coordination".
Mais qu’en est-il du modèle économique ? "Bien sûr qu’il y a encore beaucoup à faire, a-t-elle reconnu. Cependant, les structures d’exercice coordonné disposent d’un ACI et d’un accord national donc au-delà de la prise en charge des soins proprement dits, l’Assurance maladie finance la coordination des professionnels de santé." Dans ce modèle économique, "nous avons un nouveau bébé, France santé. C'est la reconnaissance de l'exercice pluriprofessionnel. Avec France Santé, on dit que l'unité de base du soin, c'est un médecin et [une infirmière]. On ne le disait pas avant. C'est une avancée majeure pour l'exercice pluriprofessionnel, car on dit que l'on va financer cette coordination", a-t-elle soutenu.
Une reconnaissance de l'équipe qui se traduit aussi les expérimentations "article 51" qui permettent de tester de nouveaux modèles et de sortir de la simple rémunération à l’acte. "Il faut toutefois également valoriser les temps invisibles à savoir la coordination, les parcours de patients, les échanges entre les professionnels, les temps de déplacement…", a énuméré Julie Bouscaillou, membre de l’équipe d’appui à la Rapporteure générale Article 51.
Pour autant, les professionnels appellent de leurs vœux une simplification des dispositifs notamment des indicateurs ou faire en sorte qu’ils ne soient pas centrés sur la patientèle des médecins, ce qui constitue un frein à la notion d’équipe justement. Cependant, les évolutions sont à la main des négociateurs de l’ACI, parmi lesquels, les syndicats monoprofessionnels, qui peuvent jouer la carte du corporatisme. Un autre frein au déploiement de l’exercice coordonné. Les infirmières en pratique avancée (IPA) sont parmi les premiers à en faire les frais, déplore Emmanuel Hardy, président de l’Union nationale des IPA (Unipa : "Pour construire une équipe solide, il faut comprendre les enjeux, les freins et les leviers, et éviter le corporatisme."