Aujourd'hui, "la coordination a changé de place. Elle n'est plus seulement un sujet de professionnels, de dispositifs, de spécialistes. Mais est un véritable enjeu de notre système de santé". Ce mercredi matin, lors de l'ouverture de la 7e édition des Universités de la coordination en santé, à Albi (Occitanie), Marion Bru, présidente de la Facs nationale, a salué "la diversité des regards" lors de ces journées, devenues un rendez-vous "incontournable" qui permettent notamment de "faire avancer les principes, les outils et les valeurs de la coordination en santé". Et à "faire système".

Et "faire système" – thématique de cette édition 2026 des Universités de la coordination en santé -, "ce n'est pas simplement ajouter de la coordination à la coordination", lance Gilbert Hangard, conseiller municipal délégué à la santé de la ville d'Albi : "C'est parvenir à partager des objectifs, à mieux connaître le rôle de chacun, à créer de la confiance et surtout à regarder nos organisations depuis la place de la personne que nous accompagnons. Car nos organisations peuvent être complexes. Nos institutions ont leurs compétences, leurs contraintes, leurs propres logiques, mais cette complexité institutionnelle ne devrait jamais devenir la complexité du parcours de l'usager." 

Dès lors, comment mieux travailler ensemble pour mieux répondre aux besoins des usagers ? "Faire système ne signifie pas à tout prix l'uniformité, assure Gilbert Hangard. Un système vivant est fait de différences, de complémentarité et parfois même de désaccords. Et l'enjeu, c'est de parvenir à les mettre en dialogue et à leur donner une direction commune." 

Transcender les clivages pour ouvrir "un espace de rencontre, de réflexion et de co-construction". C'est ce que défend également Théo Combes, président de la Facs Occitanie : "Faire système, penser ensemble la cohérence, notamment celle du parcours que nous proposons aux personnes que nous accompagnons." Une cohérence qui nécessite de "rapprocher ce qui est séparé et construire de la cohérence là où subsistent encore des ruptures", ajoute Marion Bru.
 

crédit : UCS

Et, insiste celle qui est également directrice du Dac 33, cette 7e édition, "déjà placée sous le signe des préparatifs de l'élection présidentielle", vient clore une "forme de mouvement, d'initiative et de transformation du paysage de la coordination". Car désormais, "nous ne sommes plus dans le temps de l'installation, nous entrons dans le temps de la maturité" des dispositifs de la coordination, ces "traits d'union entre le sanitaire et le social, entre la ville et l'hôpital, entre les institutions et les professionnels, entre les politiques publiques et les réalités territoriales, entre les organisations et les personnes" devenus "un maillon solide, un maillon identifié, un maillon professionnel, et surtout, un maillon dont notre système ne peut plus se passer".

Canicules, gestion des incendies, appui aux tensions hospitalières... "Malgré les réformes successives, notre système reste profondément structuré par des logiques sectorielles (…) Et les tensions qui traversent notre système de santé nous montrent à chaque fois la même chose : quand les organisations sont mises sous tension, la qualité de lien entre elles devient déterminante." Et si ces dernières années, des dispositifs ont été créés, des expertises ont été développées et des coopérations multipliées, "faire système exige désormais d'aller plus loin. C'est accepter de regarder au-delà de nos propres organisations. C'est partager des référentiels, des repères, une responsabilité collective. C'est ne plus demander qui fait quoi, mais se demander comment ce que nous faisons ensemble peut réellement créer de la cohérence ? Et peut-être devons-nous commencer par inverser définitivement notre manière de penser. Et arrêter de penser les parcours depuis nos structures pour commencer à penser nos structures depuis les parcours".

Demain, quelle coordination ?

Un pas de côté donc qui amène Marion Bru à poser sept enjeux futurs de la coordination en santé. Tout d'abord, la nécessité de ne plus enfermer la complexité dans une définition administrative, car elle est "la réalité mouvante des parcours, des vulnérabilités, des territoires" et que la force des dispositifs "doit rester [leur] capacité d'adaptation". Mais aussi, clarifier les responsabilités territoriales parce que "la coordination doit être structurée nationalement, mais elle se concrétise toujours dans le territoire".

Il s'agit également d'anticiper l'intelligence artificielle et les transformations technologiques pour "savoir comment, pourquoi faire et au bénéfice de qui", de continuer à cultiver la pluridisciplinarité parce qu'un parcours complexe "doit pouvoir s'appuyer sur deux expertises indissociables : l'expertise sanitaire et l'expertise sociale", et de préserver la capacité d'innovation et de réactivité des dispositifs de coordination "mais sans perdre ce qui constitue précisément la force de la coordination, notamment la capacité à construire une réponse lorsque la réponse standard n'existe pas". 


Pour la présidente de la Facs nationale, il est aussi essentiel de poser la question du financement de la coordination parce qu'"un service essentiel ne peut durablement reposer sur l'incertitude" et que "si nous considérons que ce maillon est devenu essentiel, alors nous devons poser la question de son financement"

En ce sens, "dans le contexte budgétaire qui s'annonce", il faut aussi mieux reconnaitre et valoriser la contribution de ces dispositifs à la transformation et à la régulation du système : "Nous devons démontrer notre utilité et notre efficience (…). La coordination n'est pas un coût périphérique du système, elle est un investissement dans son efficience. Et c'est probablement l'un des messages politiques que nous devrons porter collectivement avec davantage de force", insiste Marion Bru.

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