Vous avez publié votre projet conventionnel en septembre dernier. Un texte qui propose "un modèle conventionnel soutenable, lisible et sécurisé" et améliore "durablement le service rendu à la population en s'appuyant sur une responsabilité professionnelle renforcée". En quoi la convention actuelle, qui lie les kinés à la Cnam, doit-être être revue ?  

Nous avons gardé un nombre de frustrations assez important à la suite de la signature de l'avenant 7. À l'époque, nous sommes arrivés avec une quarantaine de propositions, dont certaines portaient sur la rémunération des kinés, une profession libérale dont l'attractivité s’est le plus dégradé au cours des dernières années, comme l’a reconnu l’Assurance maladie dans son dernier rapport "Charges et produits".

Nous avons perdu 25 % par rapport à l’inflation au cours des vingt dernières années. Si l’on regarde ce chiffre sous un autre angle, il faut aujourd’hui travailler 54 heures par semaine pour gagner les revenus que l’on gagnait en travaillant 40 heures en 2004... Au-delà de la rémunération, cela concerne aussi l’épuisement professionnel et la qualité des soins.

 

Vous avez travaillé pendant trois ans à l’élaboration de ce projet. Pourquoi privilégier une refonte globale du cadre conventionnel plutôt que des avenants à la convention actuelle ? 

C’est justement le deuxième constat que nous avons fait : le modèle devenait de plus en plus complexe, avec des règles – notamment celles de la nomenclature – assez difficiles à appréhender correctement par les kinésithérapeutes. Les différences d’interprétation conduisent à des litiges avec l’Assurance maladie... Les kinésithérapeutes connaissent ainsi une incertitude croissante concernant leurs revenus, tandis que l’Assurance maladie doit consacrer du temps administratif à gérer ces litiges.

La convention a été signée en avril 2007. Huit avenants se sont succédé pour l’améliorer, mais nous avons aujourd’hui un problème de cohérence globale du texte. Lorsqu’on le réécrit petit bout par petit bout, des incohérences apparaissent et il ne répond plus aux besoins de l’exercice quotidien des kinésithérapeutes auprès de leurs patients. Nous avons donc voulu aller plus loin, en examinant aussi les imprécisions qui subsistent dans le texte, notamment concernant les relations entre titulaires et assistants, les zones non prioritaires ou les modalités de transfert des conventionnements lorsqu’un kiné cesse son activité. L’objectif est de limiter les différences d’interprétation et d’harmoniser l’application des règles sur le territoire.

 

Belgique, Suisse, Canada, Suède, États-Unis... Vous vous êtes appuyé sur des modèles étrangers pour construire votre plaidoyer. Quelles pistes vous semblent les plus pertinentes pour améliorer la qualité et la pertinence des soins ? 

Nous avons entamé un tour d’horizon auprès des syndicats de kinésithérapeutes d’une dizaine de pays, notamment les États-Unis, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, la Suisse et la Belgique. Il s’agissait de voir s’ils rencontraient les mêmes difficultés que nous dans leur exercice quotidien et dans leurs négociations avec les autorités, et d’identifier ce qui pouvait être adapté à notre modèle. Les propositions qui nous ont paru les plus pertinentes sont finalement issues du modèle belge, dont le système de santé ressemble le plus au nôtre. 

Tout le monde parle de qualité et de pertinence des soins, mais personne ne propose de solutions pratiques pour les mettre en œuvre sur le terrain. En Belgique, les premières séances pour les pathologies aiguës sont survalorisées. Le professionnel qui adopte une pratique vertueuse, autonomise ses patients et espace les séances peut ainsi réaliser des prises en charge moins longues et bénéficier plus fréquemment de ce tarif survalorisé.

Pour les pathologies chroniques, le dispositif est différent : les 60 premières séances bénéficient du meilleur tarif. Au-delà, le tarif diminue, sauf si le professionnel peut démontrer, à partir de son bilan, qu’il existe un intérêt clinique à maintenir une prise en charge aussi intensive.

Cela permettrait de réorienter une partie des dépenses. Nous avons aujourd’hui, dans nos cabinets, des patients chroniques qui viennent peut-être plus souvent ou plus longtemps qu’ils ne le devraient, tandis que les patients pris en charge en aigu peinent à trouver des kinés. L’objectif est donc aussi d’améliorer l’attractivité de la prise en charge des patients aigus. 

 

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