En 2025, les dépenses de soins de kinésithérapie ont atteint 5,3 milliards d’euros (+4 % en moyenne par an en dix ans). L’Assurance maladie propose de limiter les remboursements à un plafonnement des séances pour certaines pathologies, mais aussi d’instaurer des forfaits ou des tarifs dégressifs. Ce qui crispe la profession. Comment jugez-vous ces propositions ?

Il ne faut pas les prendre de façon négative. Cela fait déjà quelques années que j’engage à travailler sur la pertinence des actes. Car le constat que nous avons fait – et qui est inquiétant –, c’est que de nombreux patients qui ont besoin de soins de kinésithérapie en raison de certaines pathologies n’en bénéficient pas. Si on se fie aux données de la Cnam, on voit qu’en 2023, le nombre moyen de séances pour la bronchopneumopathie chronique obstructive est de 1,5 séance par patient et par an. Ce qui est insuffisant. Pour la sclérose en plaques, on compte 18 séances par an ; pour l’AVC, 10 séances ; pour les maladies rhumatologiques, chroniques et inflammatoires, 5 séances par an... C’est notoirement insuffisant. En revanche, pour la mucoviscidose, on est plutôt à 43 séances, c’est cohérent : on autonomise les patients, mais ils continuent de voir leur kinésithérapeute au moins une fois par semaine.

Il faut donc travailler sur la pertinence et un meilleur adressage. Est-ce que tous les patients qui ont besoin de soins de kinésithérapie en bénéficient ? À l’évidence, ce n’est pas le cas. Est-ce que ceux recevant des soins pour certaines pathologies ne devraient pas être davantage autonomisés ? Faudrait-il donc revoir nos pratiques ? Prenez l’entorse simple de la cheville, où la kinésithérapie est indispensable pour limiter les récidives, comme l’affirme la dernière recommandation de la Haute Autorité de santé. Notre référentiel médico-économique, qui est très ancien, préconise 10 séances pour la première entorse externe. Est-ce que c’est toujours pertinent ? Six ou sept séances suffiraient-elles dans certains cas ? Je ne sais pas. D’autant qu’il y a de grandes différences entre l’entorse chez l’enfant et chez un patient porteur de Parkinson. Peut-être que l’un aura besoin de 6 séances et l’autre de 15, par exemple...

Je ne perçois pas ces propositions de la Cnam comme une volonté de régulation mais comme le souhait d’une meilleure adaptation de ce qu’on rembourse ou pas.

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