"Pourquoi inventer une nouvelle intervention alors que les infirmières libérales assurent déjà ces missions ?" Réagissant à la proposition de l'Ordre national des pharmaciens [dans le cadre de l'élection présidentielle 2027, NDLR] d'instaurer une nouvelle "visite pharmaceutique à domicile", la Fédération nationale des infirmiers (FNI) assure que cela "reviendrait à superposer des interventions et potentiellement des financements pour des missions déjà reconnues". Car, rappelle le syndicat dans un communiqué de presse publié ce jeudi matin, la nomenclature infirmière prévoit déjà un acte spécifique d'accompagnement à domicile de la prise médicamenteuse (vérification des prescriptions, préparation des piluliers, surveillance des prises, détection des effets indésirables et coordination avec le médecin) et l'avenant 11 à la convention propose déjà de renforcer la surveillance clinique et thérapeutique à domicile.

De plus, 10,6% des hospitalisations des personnes de 65 ans et plus étant liées à un effet indésirable médicamenteux (selon l'étude Iatrostat citée par la FNI), leur prévention "repose sur une vigilance continue : repérer un oubli, une confusion de médicaments, un effet secondaire ou une dégradation clinique" et non sur une visite ponctuelle qui "photographie un risque"… alors que l'infirmière libérale, présente "régulièrement" au domicile, peut le surveiller "dans la durée".

Pour le syndicat, les pharmaciens gagneraient à se concentrer sur le bilan partagé de médication qui "selon les données disponibles" a été réalisé par "[seulement] 15 % des officines" alors que "dans le même temps, le réseau officinal se fragilise, avec 245 fermetures de pharmacies en 2025", précise le communiqué : "Plutôt que d'inventer une nouvelle prestation, pourquoi ne pas commencer par déployer pleinement les outils existants et organiser leur articulation avec les infirmières libérales ?", lance le syndicat qui assure "reconnaitre pleinement" l'expertise des pharmaciens dans le domaine du médicament, mais celle-ci doit "compléter, et non dupliquer, l'accompagnement infirmier au domicile".

La FNI plaide également pour un accès direct facilité à l'accompagnement infirmier médicamenteux, le partage des bilans de médication, un nouvel accès, pour les infirmières, aux données utiles de dispensation, mais aussi pour des échanges numériques renforcés entre professionnels. "La coopération doit produire de la valeur pour les patients, pas une inflation d'actes et d'intervenants", assure le syndicat : "Le domicile n'a pas besoin d'un intervenant de plus, mais de professionnels mieux coordonnés !"

Focus

"Le système de santé n’est pas un supermarché des compétences"

Dans un post publié sur LinkedIn hier, Ghislaine Sicre, présidente du syndicat Convergence infirmière, assure, pour sa part, que cette proposition ne répond à aucun "besoin non couvert" ni à un "bénéfice supplémentaire démontré pour les patients" : "L’expertise du médicament ne confère pas une compétence générale sur les soins à domicile. L’officine remplit une mission essentielle. Son prolongement au domicile ne saurait devenir une évidence au seul motif que l’Ordre le réclame", s'insurge-t-elle : "Aux Ordres comme aux syndicats qui revendiquent de nouvelles missions en puisant dans les compétences des autres professionnels de santé : cela doit cesser."

Pointant le fait que "le système de santé n’est pas un supermarché des compétences" et qu'on "n’y compose pas son panier au gré de ses ambitions", Ghislaine Sicre appelle les députés et les sénateurs à ne pas confondre "revendication professionnelle" et "nécessité de santé publique". Et que "déshabiller Pierre pour habiller Paul ne fera jamais une politique de santé

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