Article publié dans Concours pluripro, mai 2022

En 2003 déjà, vous pointiez le fait que la France accusait un certain retard en matière de délégations de tâches et d’actes médicaux. Vingt ans plus tard a-t-on rattrapé ce retard ?

Non, on ne l’a pas rattrapé. Quand j’ai fait ce travail, ce qui m’avait frappé par rapport à ce qui était en place dans d’autres pays, c’est le fait qu’on était, en France, sur le tout-médecin avec le métier socle, tel celui d’infirmière, à bac +3, et celui de médecin, bac +9, ou 12 ou 14, mais sans chaînon intermédiaire. C’est à partir de 2002 et ayant fait ce constat, que j’ai proposé qu’on aille vers la délégation et le transfert de compétences. D’où ces expérimentations qui ont été instaurées par la suite.

Toutefois, notre pays a mis beaucoup de temps à réagir : il a fallu attendre 2018 pour que soit mise en place la fonction d’infirmière en pratique avancée (IPA), et qu’on ait considéré qu’il serait intéressant d’avoir des professions de santé sur un positionnement intermédiaire entre l’infirmière et le médecin. Mais on a beaucoup de retard sur la question…

 

Comment expliquer ce retard ?

À l’époque, il n’y a pas eu un accompagnement de la profession médicale pour accepter cette nouvelle fonction. En 2003, je suis allé au Conseil national de l’Ordre des médecins pour expliquer les propositions de délégation que formulait le rapport, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’accueil n’a pas été très chaleureux… Par la suite, il y a eu une forte réticence et on nous reprochait de dévaloriser les professions de santé, et de mettre en place une médecine à plusieurs vitesses…

Mais, petit à petit, les choses ont été mieux comprises et acceptées avec l’avènement des jeunes générations qui sont, elles, dans un positionnement différent, avec notamment une vraie volonté de coopération entre les différentes professions de santé. De plus, l’universitarisation des formations de santé conduit, aujourd’hui, à plus de contact entre les professions : plus on se côtoie, et mieux on collabore. Si on assure une formation suffisante qui donne des nouvelles compétences notamment à des infirmières, on peut leur confier des tâches qui jusque-là étaient réservées aux médecins. Et cela se révèle nécessaire si on souhaite traiter de la problématique de la désertification médicale.

 

Il va falloir donner confiance aux professionnels et aux citoyens
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