2016-2026 : cette année, les CPTS ont officiellement 10 ans. En regardant dans le rétroviseur, comment analysez-vous ces dix dernières années ?
C’est effectivement la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 qui a créé les CPTS, mais le fonctionnement avec des fonds ACI ne date pas de dix ans car les premiers accords conventionnels interprofessionnels n’ont été signés qu’en 2019... La CPTS est un dispositif très jeune qui, à plusieurs reprises, a fait face à des interrogations – et c’est normal – sur son efficacité, son efficience... Or je pense qu’aujourd’hui, il n’y a plus de remise en question de l’existence des CPTS, mais plutôt le constat que celles-ci peuvent participer à une réponse au niveau de l’organisation des soins. C’est d’ailleurs ce que disent plusieurs rapports, comme celui de la Cour des comptes, qui mettait en avant les CPTS dans les solutions contre le recours aux urgences, dans la coordination territoriale... Cette efficacité doit, certes, être perfectionnée parce que, je le répète, c’est un dispositif très jeune, innovant aussi. Laisser la main aux professionnels de santé de ville pour essayer de se coordonner, d’organiser les choses de façon cohérente sur le territoire, c’était quelque chose qui ne s’était jamais fait.
Donc, dix ans plus tard, il y a une vraie montée en puissance. Et même s’il y a encore des choses à améliorer, à clarifier, tout cela est assez positif. Aujourd’hui, les CPTS ayant plus de cinq ans d’ancienneté ont un nombre croissant de professionnels engagés. Nos enquêtes montrent qu’au début, cet engagement tourne autour de 30 %... et cinq ans plus tard, 65 % des professionnels du territoire sont engagés. Ce qui montre qu’il y a une reconnaissance de l’intérêt des CPTS, en tout cas sur la coordination.
L’objet CPTS est-il aujourd’hui clairement identifié ? Y a-t-il encore des "trous dans la raquette" ?
En effet, il y a encore des "trous dans la raquette" et ça se comprend, notamment en raison d’un « flou » présent dans certains textes. Par exemple, on dit que la CPTS n’est pas effectrice de soins, et on ne revient pas là-dessus, évidemment. Mais qu’est-ce qu’un soin ? Est-ce que faire de la prévention, c’est un soin ? Le sens est différent selon les territoires. Comme on ne peut pas trancher en s’appuyant sur les textes, chacun y va de son interprétation.