Article publié dans Concours pluripro, avril 2026
 

"Les enjeux entre l'enfance et les personnes âgées est un sujet de santé publique mais c'est aussi un sujet pour le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), assure Jean-François Delfraissy. Avec tous les enjeux de procréation et de génétique, mais aussi ce sujet sur la fin de vie sur lequel je ne désespère pas de voir une loi votée en novembre 2026... Comment la science, qui évolue très vite, influence-t-elle la vie de nos sociétés et la vie de nos citoyens ?" Et "cette ligne de crête entre les avancées scientifiques et la vision de la société est, aujourd'hui, un enjeu majeur autour de la démocratie", assurait le président du CCNE. Et à ses yeux, "l'approche de discussions sur la santé est un élément dont les politiques n'ont pas encore compris véritablement la portée".

Du fait des "progrès en termes de santé", la population française "vieillit" et même "très vite", glisse Jean-François Delfraissy, précisant que des "signaux d'alerte" montrent que "les générations suivantes pourraient avoir [une durée de survie] plus limitée". Et "si cela est vrai, cela signifie que sans le décider et sans aucune réflexion citoyenne, nous sommes en train, doucement mais sûrement, d'entrer dans une société démocratique qui privilégie ma génération à une plus jeune".

 

Vers une adaptation du contrat social ?

Soulignant la chute drastique de la natalité, qui fait que "la population ne se renouvelle pas bien", l'immunologue rappelle que "l'État n'a pas à intervenir sur le fait des désirs d'enfants" mais plutôt sur "ce qui est offert à ces couples en termes d'aide et d'optimisation de prise en charge". Sans compter qu'un certain nombre de jeunes s'interrogent sur le fait "de faire des enfants dans ce monde qui n'est plus en construction commune". Un phénomène qui ne peut signifier qu'une chose, ajoute-t-il : "Le contrat social d'après-guerre sur lequel nous avons construit la santé ne colle plus" ou tout du moins "il se heurte à des réalités épidémiologiques drastiques".

De plus, si "la bonne santé repose à 20 % sur le soin, sur l'innovation et les progrès majeurs, et à 80 % sur l'éducation...", le budget du PLFSS, lui, "consacre 95 % au 'care' et moins de 5 % à la prévention". Or, d'après certaines projections, d'ici quinze ans, la France devrait compter "entre 32 et 33 millions de malades chroniques qui vont consommer 65 % du budget de la santé", précise-t-il. "Comment allons-nous gérer ce dilemme et cette population âgée ? Doit-on continuer à mettre l'ensemble des moyens dessus ou, au contraire, nous interroger sur les moyens qui pourraient être mis sur une population plus jeune ?" À ses yeux, "il sera très difficile de mettre plus d'argent dans la santé" et pourtant "plus on finance la prévention, plus on est efficace en termes de santé globale".

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