Edito publié dans Concours pluripro, juin 2022

À elles six, elles faisaient figure, depuis un an, de vraies pionnières dans l’accompagnement médical, psychologique et social de publics précaires et éloignés du soin. Mais depuis mars dernier, elles ont été rejointes par vingt autres maisons et centres de santé dits "participatifs" dans l’expérimentation "d’ampleur" qui vient "inscrire la santé participative dans [le] système de santé". Sur le papier, la démarche est innovante : signée le 1er mars dernier, l’expérimentation vise à "donner la pleine mesure" aux actions d’une structure, en sécurisant et en consolidant le mode de financement. Objectif : lutter contre le non-recours aux soins en faisant appel à "des professionnels qui contribuent aux soins" et non uniquement à des professionnels de santé. La première des solidarités étant "l’accès de tous à la santé, sur tout notre territoire", comme l’affirmait en janvier dernier Olivier Véran, alors ministre de la Santé, l’expérimentation "article 51" doit s’inscrire dans la lignée des mesures d’"aller-vers" au sein des quartiers prioritaires de la politique de ville (QPV) ou des quartiers vécus. Une démarche au croisement du sanitaire et du social qui pèse lourd : 30 millions d’euros alloués à cette expérimentation, la plus importante en termes de financement.

Et les autorités l’affirment : sur le terrain, fini le "bricolage" et la chasse permanente aux subventions pour financer toute action qui, jusque-là, n’était pas prise en charge par l’Assurance maladie. Intervention d’un interprète ou d’un médiateur en santé, accompagnement psychologique, accueil spécifique des personnes vulnérables… "Enfin, l’État reconnaît le hors-soin comme une activité de soin à part entière", se réjouissent les acteurs de terrain. Pour autant, en vue de son passage dans le droit commun en 2024, il est nécessaire de s’interroger sur la fiche d’identité de l’expérimentation : faut-il, ou non, l’ouvrir à tous les types de public ? comment inciter les structures peu familières de la démarche participative ? quelle formation proposer aux professionnels ?

Au-delà du cachet expérimental, l’inscription "dans le dur" permettra d’installer une politique publique qui s’est nourrie de l’expérience du terrain pour garantir un égal accès aux soins. Une nécessité quand on sait qu’en France, 86 % des 1 514 QPV ne disposent pas d’une structure de soins de premier recours.

 

 
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