L’heure du bilan de la pandémie à Covid-19 est encore loin d’avoir sonné. Mais il sera affligeant. Pour le monde. Pour la France. Pour notre système de soins. Dans un monde où le risque zéro est érigé en dogme, la survenue d’une pandémie relevait de l’impossible ! Au point de mettre au rancart les moyens préventifs.

Protégés par la science triomphante, tous se pensaient à l’abri, oubliant le H1N1, le Sras et Ebola. Ni Bill Gates ni de rares médecins ou historiens n’ont su se faire entendre. Tapie dans l’ombre, la menace a surgi, tuant par dizaines de milliers, foudroyant l’économie mondiale, et nos élites avec, qui n’ont pas su prévoir ou qui ont fait mine de ne pas savoir pour ne pas avoir à anticiper. Car la prévention coûte, c’est ce qui la rend si fragile dans un monde de l’instant. Sidéré, le grand public découvre une médecine en échec face à un virus. Médecins et scientifiques se contredisent entre eux... quand ils ne se contredisent pas eux-mêmes. Et le politique navigue à vue, contraint sous la pression des médias d’information continue de commenter en temps réel une actualité qu’il ne contrôle pas. Des lits de réanimation du privé sont vides au moment même où les malades affluent dans des hôpitaux publics saturés. Et 16 millions de patients chroniques désertent les soins primaires, au risque d’une perte de chance.

Cette crise sanitaire est révélatrice à la fois de notre impréparation face au risque épidémique que du cruel manque d’organisation de notre système de santé. Les soins primaires restent la dernière roue du carrosse, et le virage ambulatoire, tant vanté par « Ma santé 2022 », risque fort de se faire à 180°, nous ramenant à la vision hospitalocentrée qui prévaut depuis 1958. Déjà, on entend les hospitaliers réclamer à cor et à cri la levée des restrictions budgétaires qui les fragilisent depuis de nombreuses années, on ne saurait leur donner tort et, penaud, le politique leur promet un grand plan d’investissement. Toujours sans tenir compte de l’amont et de l’aval ? L’échec serait en ce cas prévisible.

Il est plus que temps de renverser la table et de repenser notre système de soins de façon globale, en partant des missions et moyens du premier recours pour définir ensuite ceux des deuxième puis troisième recours. On ne construit rien en commençant par l’étage le plus élevé !

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