Edito publié dans Concours pluripro, novembre 2022

Cette contribution ouvre la perspective d’un travail en "équipe pluriprofessionnelle" au sein de laquelle, et en fonction des conditions propres à chaque situation locale, une répartition "d’une partie de l’activité du médecin" vers les autres professionnels de santé est légitimée.

C’est donc bien d’une ouverture considérable qu’il s’agit, alors que l’Ordre des médecins restait fixé depuis des lustres sur sa doxa d’un exercice médical libéral, individuel et autonome et que les auxiliaires, improprement appelés paramédicaux, demeuraient contraints par des décrets d’acte d’un autre âge. Reste que pour être considérable, cette contribution n’en est pas moins inattendue, en particulier pour certains praticiens du terrain depuis trop longtemps confortés, tacitement ou explicitement, dans la pérennité d’un exercice traditionnel et solitaire.

De là, une série de réactions indignées, adoptées sans délai par plusieurs représentants syndicaux de la médecine générale, soucieux de dénoncer un risque de "vente à la découpe" du métier de généraliste et prompts à réclamer un surcroît de reconnaissance et les revalorisations tarifaires correspondantes, alors que les négociations conventionnelles s’ouvrent.

Cette contestation a sans doute conduit l’Ordre national des médecins à reformuler les choses, dix jours plus tard, toujours par voie de communiqué. Ce sont les "décennies de décisions inadaptées" qui sont dénoncées, avant que le soutien sans faille à chaque médecin soit réaffirmé…

Au terme de ces deux communiqués, on peut tout de même regretter que le propos persiste à promouvoir une vision "médecin-centrée", alors qu’il y avait une opportunité à préfigurer un système de santé "patient-centré" ; les potentiels conflits de préséance ou de leadership entre les diverses professions intervenant auprès du patient s’en trouveraient contenus, et les différents responsables professionnels pourraient progressivement s’éloigner de leur posture en "silo" pour privilégier la coordination. Coordination interprofessionnelle qui a montré attractivité et utilité dans tous les pays (Australie, Scandinavie, États-Unis…) qui s’y sont engagés depuis maintenant une vingtaine d’années.

 

* Jean-Michel Chabot est professeur de santé publique.
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