"Je suis sidérée", lâche Mady Denantes, médecin généraliste à la MSP Pyrénées Belleville, contactée par Concours pluripro, ce lundi matin : "Jusqu'à présent, toutes les évaluations étaient bonnes et l'entrée en période transitoire, c'est quand même la preuve de l'efficacité du dispositif ! Je n'ai pas imaginé une seconde qu'on puisse arrêter une expérimentation qui marche, d'autant que la seule question qui se posait désormais, c'était comment la faire rentrer dans le droit commun… On fait une expérimentation pendant plusieurs années, on voit qu'elle marche, mais on l'arrête. On marche sur la tête !" D'autant que la médiation en santé – financée au sein de sa MSP par le dispositif Secpa – est essentielle, lance la généraliste : "Je vois en consultation un patient diabétique, fumeur et qui n'a pas la Complémentaire santé solidaire (CSS). En tant que médecin, ce n'est pas mon boulot de m'occuper de sa CSS. Mais en même temps, je ne peux pas le soigner sans CSS. Eh bien en 30 secondes, je contacte nos médiateurs et l'affaire est réglée. Donc je peux faire mon boulot de médecin généraliste et soigner mon patient diabétique et fumeur aux facteurs de risque majeurs. La médiation en santé, ça nous aide à tirer les bonnes ficelles. Mais ce n'est pas à nous de les trouver, ces ficelles. Moi, j'essaie de trouver les ficelles des nouveaux traitements du diabète, lesquels sont validés, quand est-ce que je les mets en place… Mais grâce à la médiation, je peux bosser dessus parce qu'à côté, les médiateurs aident mon patient à suivre ses traitements, à comprendre sa pathologie."
Au sein de la MSP Pyrénées Belleville, le financement Secpa permet de financer le poste de 7 professionnels salariés – médiateurs en santé, accueillant, psychologue, coordinatrices, assistantes sociales – ainsi que plusieurs activités comme les coachs sportifs, l'interprétariat téléphonique, les activités collectives et participatives mises en place avec les usagers… Comme au Pôle de santé interprofessionnel de St Martin d'Hères qui rémunère, avec l'enveloppe de 744.000 euros par an que permet Secpa, 2 postes de médiation en santé, 1,4 ETP de psychologue, 2 postes de coordination de projets ainsi qu'un accès aux consultations des psychiatres… "Autant de missions qu'on ne pourrait pas financer autrement, précise Maxime Bertolini, son coordinateur. On a fait des calculs : si les moyens alloués sont divisés par 3, on ne pourra plus faire de la santé communautaire. Et on va se retrouver, comme avant, à aller chercher des bouts de financement… "
Ce qui questionne fortement la pertinence de l'article 51, lancent Maxime Bertolini et Sylvain Fonte : "Le Comité technique de l’innovation en santé et le comité stratégique ont évalué positivement l'expérimentation. Tout le monde valide, la période transitoire est lancée, tous les feux sont verts, mais d'un coup, tout est enterré… Quelle crédibilité pour l'article 51 ?"