"Dans une école sur deux, l'air des classes [contient] en moyenne plus de 1 368 ppm de CO₂." Or, "les autorités sanitaires demandent d'agir dès [une concentration de] 800 ppm", assure Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau (Hauts-de-France), qui lance, ce mercredi à l'occasion de la Journée nationale de la qualité de l’air, un site pour saisir "ce qu'il faut savoir" et "ce qui marche".

"Nous passons près de 80 % de notre temps dans des environnements clos (domicile, locaux de travail, transport, écoles…) dans lesquels nous pouvons être exposés à de nombreux polluants, rappelait le ministère de la Santé, en 2025. Cette pollution de l’air intérieur peut avoir des effets sur notre santé divers tels que de l’asthme, des allergies respiratoires, une irritation du nez et des voies respiratoires, allant parfois même jusqu’à des effets cancérigènes." 

Dans la pratique, pour rester sous une concentration de 800 ppm de CO₂, "une classe de 25 élèves dans 180 m³ a besoin d'environ 5 renouvellements d'air par heure", pose le médecin généraliste. Une ventilation mécanique, "idéalement double flux, doit [ainsi] être réglée et vérifiée sur ce débit"… Et l'Éducation nationale s'en rapproche : 30 m³ d'air neuf par heure et par occupant, soit environ 4,3 renouvellements par heure, précise ses recommandations en 2024. Sur son site, Michaël Rochoy propose un simulateur pour calculer le renouvellement d'air nécessaire – en fonction des dimensions de la salle de classe et du nombre d'occupants – et veiller à ne pas dépasser le seuil choisi. 

"On attrape froid quand on aère", "Un purificateur fait baisser le CO₂", "C'est trop cher"… Autant d'idées reçues à combattre, déplore le médecin, insistant sur le fait qu'"un air mal renouvelé va de pair avec davantage d'infections, de toux, de rhinites et d'absences". Ainsi, dans cinq pays européens (Norvège, Suède, Danemark, France et Italie), des enfants de 10 ans affichaient un risque de toux sèche la nuit "environ trois fois plus élevé", et de rhinite "deux fois plus élevé" quand l'air de leur salle de classe était au-delà de 1 000 ppm de CO₂, révèle une étude publiée en 2010. Et selon Santé publique France, si les écoles élémentaires avaient "un bon renouvellement d'air", on aurait 27.923 cas d’asthme évitables chez les enfants de 6 à 11 ans.

A contrario, un air mieux renouvelé "va de pair avec un travail scolaire plus rapide et de meilleurs résultats aux tests", assure Michaël Rochoy, citant une étude au Danemark qui, en faisant passer de 1,7 à 6,6 litres d'air neuf par seconde et par élève, a vu une augmentation "de 3 à 7 % du nombre de bonnes réponses selon les exercices, sans changer le nombre d'erreurs : les élèves allaient plus vite".

Dès lors, pour agir rapidement et sans grosse dépense : aérer en grand à chaque temps de pause (plutôt qu'entrebâiller toute la journée) mais aussi se fier au capteur dont il convient d'afficher les résultats : "Quand il est affiché, on ouvre davantage", assure le médecin.  

De l'école à la maison

Selon la dernière enquête nationale datant de 2013-2017, la moitié des 301 écoles analysées affichait, en classe, un CO₂ moyen dépassant les 1 368 ppm, et 4 écoles sur 10 avaient au moins une classe mal aérée une grande partie de la semaine. Depuis 2023, chaque établissement doit évaluer son aération chaque année (dont la mesure du CO₂) et doit rendre publics ses résultats. "La collectivité qui a la charge des bâtiments paie : la commune, le département ou la région", rappelle le médecin qui propose, via le site, un onglet pour écrire à l'élu de l'établissement scolaire pour se renseigner sur les mesures prises.

D'autant que l'école "concentre les virus et les renvoie dans toutes les familles", assure Michaël Rochoy. Chaque année, le réseau Sentinelles recense "5 à 7 millions de consultations" chez le médecin généraliste pour une infection respiratoire avec fièvre, "et bien davantage pour les rhumes et toux sans fièvre", rappelle-t-il. Sans compter les hospitalisations, les arrêts de travail… Pourtant, en améliorant la qualité de l'air intérieur en salle de classe, on aurait moins de virus à l'école, donc potentiellement "moins de consultations, d'hospitalisations, d'aggravations de maladies chroniques et d'arrêts de travail pour tout le monde", déduit-il. Pour preuve, les vacances scolaires évitent à elles seules 16 à 18 % des grippes de toute la population… 

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